Mgr Ébacher XXV - Magnifica Humanitas - Redécouvrir la vérité comme bien commun

 Léon XIV a jusqu’ici esquissé le contexte dans lequel s’inscrit le défi de la transformation technologique lié à l’IA et aux courants transhumanistes et posthumanistes. Mais lorsque les langages et les outils changent, certains domaines en subissent des répercussions très concrètes, parfois dramatiques. « La transformation numérique nous invite à redécouvrir la vérité comme bien commun, à protéger la dignité du travail et à préserver la liberté contre toute dépendance et toute marchandisation. »

La vérité comme bien commun (132-148)

Vérité et démocratie

L’IA transforme profondément la communication publique et politique. Que deviennent vérité et démocratie dans ce monde transformé? Le problème dépasse la technique : il touche à la confiance sociale. Seule une recherche partagée de la vérité, considérée comme un bien commun, peut garantir une communication juste et préserver la qualité du débat public.

La recherche de la vérité est un élément essentiel de la démocratie, qui ne se nourrit pas seulement de règles et de procédures, mais avant tout d’un rapport loyal aux faits et d’une réelle orientation vers le bien des personnes et de la société. Le désintérêt pour la vérité conduit lentement, mais inexorablement à glisser vers le totalitarisme.

Communication et imaginaire collectif

Ceux qui contrôlent les plateformes numériques et les moyens de communication ont une capacité remarquable pour influencer l’imaginaire collectif. « C’est un pouvoir qui doit être constamment éclairé par la recherche de la vérité et le respect de la dignité humaine, afin que la culture qui se développe sur internet ne devienne pas un instrument de distraction excessive, d’uniformisation et de domination, mais un espace où puissent s’épanouir la liberté intérieure et la pensée critique. » (136)

Pour une écologie de la communication

« La vérité est un bien commun, et non la propriété de ceux qui détiennent le pouvoir ou la visibilité. » Sur le plan social et culturel, cela implique le renforcement des corps intermédiaires et un journalisme sérieux; du côté de l’école et de la famille, la croissance de la formation à l’utilisation correcte et critique des outils numériques, de l’IA. « Même les communautés chrétiennes doivent s’engager à communiquer de manière transparente et à rechercher fidèlement les faits. Malheureusement, cela n’a pas toujours été le cas. […] La vigilance et la transparence sont avant tout une grave responsabilité de l’Église elle-même et nous ne devons pas attendre que d’autres nous obligent à affronter des vérités dérangeantes sur nous-mêmes. » (137-138)

Une alliance éducative pour l’ère numérique

« À une époque où la vérité est souvent soumise aux intérêts et aux stratégies de communication, le monde de l’éducation revêt une importance cruciale. […] L’omniprésence des médias numériques engendre une culture de l’immédiateté et de l’hyperstimulation, qui alimente la fatigue, l’ennui et l’apathie face à l’effort nécessaire pour rechercher la vérité. » (139)

« Il est difficile pour les parents de résister seuls au conditionnement des modèles économiques qui monétisent l’attention et le temps. C’est pourquoi une alliance entre les responsables politiques, les institutions éducatives et les familles est indispensable, afin d’apporter un soutien concret aux adultes dans leur devoir. Il faut s’opposer, par des choix publics à long terme, aux intérêts immédiats des plateformes – concentrées entre quelques mains – lorsqu’ils vont à l’encontre du bien-être des mineurs. ,,,] Il faut éduquer les enfants, les adolescents et les jeunes afin qu’ils apprennent à reconnaître les manipulations, à défendre leur dignité et à respecter celle des autres, y compris dans les environnements numériques. » (142)

Le rôle central de l’école

« L’école est le lieu où les nouvelles générations peuvent apprendre à rechercher et à aimer la vérité, à s’interroger sur le sens de la vie et sur la dignité de chaque personne. » (143)

Le monde scolaire, aujourd’hui, est confronté à des défis qui ne peuvent être reportés.

Le premier défi est d’ordre sociopolitique. Tant au sein des différents pays qu’entre les différentes régions du monde, de fortes inégalités persistent en matière d’accès à l’éducation de base et à l’enseignement supérieur.

Le deuxième grand défi est pédagogique. De nombreux systèmes éducatifs peinent à s’adapter au rythme des changements et à soutenir un épanouissement global des élèves. Il est nécessaire de soutenir la formation continue des enseignants tout au long de leur vie professionnelle, afin qu’ils sachent dialoguer de manière positive avec les nouvelles technologies, en aidant les élèves à en faire un usage responsable, critique et créatif, et à ne pas subir passivement leur influence.

Le troisième grand défi est d’ordre intellectuel et lié à la sagesse. Si nous ne faisons pas attention, un système éducatif dépourvu d’amour pour la vérité risque de voir le jour, dans lequel le flux incessant d’informations se substitue à la recherche, à la réflexion et au discernement. Il faut promouvoir une véritable hygiène de l’attention : des rythmes qui prévoient le silence, l’étude approfondie, la lecture, la confrontation mesurée; sans ces éléments, la liberté intérieure risque d’être compromise.

« La Doctrine sociale de l’Église invite les familles, les écoles, les communautés chrétiennes et les institutions publiques à une alliance éducative renouvelée. Celle-ci se concrétise lorsque les principes fondamentaux se traduisent en objectifs éducatifs : éduquer à la sobriété et au sens de la limite; éduquer à la reconnaissance du droit, de l’autre et de ceux qui viendront après nous, à jouir des biens qui nous sont donnés ou que l’ingéniosité humaine rend disponibles; éduquer à la liberté et à la responsabilité; éduquer au sens de la transcendance et au bien commun. L’école n’est pas appelée à courir après la rapidité du monde numérique, mais à offrir ce que le numérique seul ne peut donner : du temps partagé pour apprendre et des relations de confiance. » (147)

À suivre.

† Roger Ébacher

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Mgr Ébacher XXXIIA - Marie Mère de l’Église, femme qui a « espéré contre toute espérance »

Quelques réflexions en ce mercredi des Cendres 2026 de Monseigneur Paul-André Durocher

Qu'est-ce qu'un comité de liturgie? Quelle est sa mission?