Mgr Ébacher XXII - Magnifica Humanitas - Un examen de conscience pour l’Église
Les principes de la Doctrine sociale qui viennent d’être identifiés et expliqués par Léon XIV ne concernent pas que la société civile et politique. L’Église aussi doit les prendre au sérieux et les appliquer comme des critères de jugement de son identité et de sa mission. Les paragraphes 86 à 89 de cette encyclique sont une exhortation insistante du Pape en ce sens, adressée à toute l’Église, qu’il invite à un examen de conscience sérieux, communautaire, missionnaire, mettant en priorité les plus pauvres. Voici le texte papal :
« Pour conclure, je voudrais aborder un point qui me tient particulièrement à cœur[1].
La Doctrine sociale n’est pas seulement un message adressé à la société :
c’est aussi un examen de conscience
pour l’Église, maison et école de communion, toujours appelée à vérifier que
les principes évoqués dans ce chapitre
sont d’abord vécus en son sein. Le bien
commun, dans le contexte ecclésial, prend le visage d’un style synodal pour
la mission au service du Royaume. L’Église, en effet, est le “sujet
communautaire et historique de la synodalité
et de la mission”[2]. Cela exige de prêter
attention à la manière de prendre des décisions et d’exercer la responsabilité.
Le Document final du Synode identifie, parmi les pratiques décisives pour la
transformation missionnaire, la culture
de la transparence, du rendre-compte et de l’évaluation. » (86)
« Dans cette perspective, la subsidiarité devient un critère
de gouvernement et de vie pastorale qui reconnaît et soutient la
responsabilité des fidèles et des instances ecclésiales intermédiaires,
valorise les charismes et les compétences et évite tout paternalisme qui
étouffe la liberté évangélique. Concrètement, la participation des baptisés aux processus décisionnels et la coresponsabilité dans la mission passent
par des organismes de participation réels, et non nominaux. » (87)
« Pour la communauté chrétienne, la solidarité trouve sa source dans le
mystère du Christ et se nourrit de l’Eucharistie. Elle naît de la communion
dans la foi et dans les Sacrements : le Baptême et la Confirmation nous
unissent au Christ, pour faire de nous un seul corps et un seul esprit, un seul
cœur et une seule âme (cf. Ep 4, 4; Ac 4, 32). L’Eucharistie, sacrement de
l’unité, nourrit notre appartenance au Corps du Christ et nous éduque au
partage. Les différentes sensibilités présentes dans l’Église, les convictions
fortes qui animent chacun, sont une richesse si elles restent ancrées dans la
certitude de l’unité comme don reçu
et tâche à assumer. » (88)
« Vivre la justice
dans l’Église signifie assainir les
relations et les structures ecclésiales de ces distorsions qui engendrent
des inégalités, de l’opacité et des abus de pouvoir. À ce propos, l’écoute des victimes d’abus spirituels,
économiques, institutionnels, sexuels, de pouvoir et de conscience fait partie
intégrante d’une démarche de justice comprenant la reconnaissance du préjudice,
la juste réparation et la prévention. Tout pouvoir
est au service de la communion et de la mission. Toute autorité est au service du peuple de Dieu. Cette diaconie se
manifeste non seulement dans la foi célébrée et vécue dans les Sacrements, dans
l’adoption d’un style synodal, mais aussi dans le partage concret des biens : à l’exemple de l’Église des
origines, les ressources ecclésiales sont appelées à devenir réellement
communes, afin que nul parmi nous ne soit dans le besoin (cf. Ac 4, 34) et
pour que leur administration soutienne la mission d’annonce de l’Évangile aux
plus pauvres. Il faut promouvoir des
formes régulières d’évaluation de l’exercice des responsabilités ministérielles qui ne soient pas un jugement sur
les personnes, mais des instruments d’apprentissage et de correction tournés
vers la mission. Dans la mesure où nous sommes ouverts à l’action de l’Esprit
Saint, ces principes de la Doctrine sociale prennent corps dans la vie
ecclésiale. C’est ainsi que l’Église est capable d’offrir à la société un signe
crédible : la recherche commune du
bien de tous, dans la coresponsabilité
et la fraternité, n’est pas une utopie, mais une possibilité réelle. »
(89)
Léon XIV présente une vision non défensive de l’Église face au monde. Elle apprend du monde autant qu’elle l’enseigne. Elle doit discerner les « signes du temps » avec la participation de tout le peuple de Dieu, interpréter les « langages du temps » en tenant compte des sciences humaines.
Le pape appelle en particulier les pasteurs à vivre la
proximité et l’écoute afin de comprendre les défis contemporains posés par
l’intelligence artificielle. Ils ne discernent pas seuls, mais avec les laïcs,
les jeunes, les familles, les chercheurs. En somme, il s’agit de travailler en
synodalité, de valoriser les charismes de chacun, d’éviter le cléricalisme, d’œuvrer
pour la dignité humaine de chaque personne, en particulier des plus
vulnérables. Notons l’insistance sur la mission en vue du Royaume qui doit être
vécue synodalement par toute l’Église.
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