Mgr Ébacher XXIII - Magnifica Humanitas - La magnifique humanité dans le grand chantier de notre époque
L’intelligence artificielle est une transformation majeure de l’histoire humaine, plus profonde que les transformations techniques du passé. Elle touche directement la manière dont l’humanité pense, décide, communique et organise la société.
Léon XIV affirme que, dans cette situation cruciale, « nous,
croyants, devons et pouvons choisir à quel projet travailler et avec quel style
pour préserver et valoriser la magnifique humanité qui nous est offerte en don. »
(90) Dans ce monde numérique complexe et toujours en évolution qui est
maintenant le nôtre, les grands principes de la Doctrine sociale sont des
critères essentiels de discernement et de choix. « Ils nous invitent à
vérifier si le pouvoir des infrastructures numériques et des algorithmes
favorise réellement la participation et la responsabilité, protège les plus
fragiles, assure un accès équitable aux opportunités et reste ordonné au bien
de tous. » (96)
« Dans un monde où quelques sujets concentrent les
données, les ressources informatiques et le pouvoir réglementaire, parler de bien commun[1]
signifie démasquer cette nouvelle asymétrie épistémique, économique et
politique, en dénonçant les nouveaux monopoles de l’IA. Parler de destination universelle des biens
signifie trouver des moyens d’assurer l’accès universel aux technologies et à
la formation. Parler de subsidiarité
exige de protéger la capacité des communautés à choisir et à corriger, sans
reléguer leur intervention à un simple rôle de surveillance, une fois que les
normes ont été établies ailleurs. Parler de solidarité
oblige à reconnaître le travail invisible, souvent exploité, qui alimente les
modèles algorithmiques. Parler de justice
impose de s’interroger sur les géographies du pouvoir définissant qui peut
entraîner les modèles et qui n’est qu’objet d’entraînement, et de reconnaître
que la justice sociale n’est pas
seulement un objectif à protéger après l’adoption des technologies, mais une
condition préalable à mettre en œuvre dès leur conception. » (109)
Léon XIV ajoute avec insistance : « Je voudrais
enfin employer un mot qui me tient à cœur : “désarmer”. Désarmer l’IA,
c’est la soustraire à la logique de la compétition armée qui n’est plus
aujourd’hui seulement militaire, mais aussi économique et cognitive. C’est la
course à l’algorithme le plus performant et à la banque de données la plus
vaste dans le but de consolider un avantage géopolitique ou commercial sur tous
les autres. Désarmer, c’est rompre cette équivalence entre la puissance
technique et le droit de gouverner. Désarmer ne signifie pas renoncer à la
technologie, mais l’empêcher de dominer l’humain. Cela signifie la soustraire
aux monopoles, la rendre discutable, contestable, et donc habitable, en la
restituant à la pluralité des cultures humaines et des formes de vie. La tâche,
aujourd’hui, n’est pas seulement éthique ou technique : elle est
écologique au sens le plus radical, car elle met en jeu une nouvelle dimension
de notre Maison commune. L’IA est déjà un environnement dans lequel nous sommes
immergés et un pouvoir avec lequel nous devons composer. C’est pourquoi il ne
suffit pas de la réglementer : elle doit être désarmée et rendue
accessible. » (110)
Mais « que signifie préserver l’humain? Le risque n’est
pas seulement que certaines technologies soient mal utilisées, mais que le
paradigme technocratique dans lequel nous sommes plongés, renforcé par la
révolution numérique et l’IA, fasse passer pour juste et normale une vision
anti-humaine, selon laquelle la plénitude de la vie consisterait à avoir plus,
à réduire la fragilité, à éliminer l’imprévu, à contrôler chaque chose. Lorsque
l’efficacité devient la mesure de la valeur, l’être humain est tenté de se
considérer comme un projet à optimiser plutôt que comme une créature appelée à
la relation et à la communion. » (112)
« La qualité d’une civilisation ne se mesure pas à la
puissance de ses moyens, mais à l’attention qu’elle sait offrir, à sa capacité
à reconnaître l’autre comme un visage et non comme une fonction. La capacité à
prendre soin les uns des autres est une dimension importante de notre humanité. »(114)
À suivre
† Roger Ébacher
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