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Mgr Ébacher IX - Le souci de la paix dans la Bible, en Jésus et dans l’Église

La paix est un ferment qui travaille le cœur des humains depuis Adam jusqu’à nos jours. L’histoire de sa recherche, de son refus, des drames qui y sont rattachés est d’une telle richesse et d’une telle complexité que je me limiterai à quelques points de repère dans le domaine religieux biblique et chrétien. Pour en savoir plus, il est opportun de consulter le très riche document intitulé : Compendium de la doctrine sociale de l’Église [1] . Dans la révélation biblique, la paix est au cœur du dessein de Dieu pour son Peuple, pour l’humanité entière, pour toute sa création. Elle est le plus grand don de Dieu, la plénitude de la vie. Le prophète Isaïe annonce le Messie en le qualifiant de « Prince de la Paix. » (9, 5) La veille de sa mort, Jésus plombe son testament spirituel par ce sceau : « Je vous laisse la paix; c'est ma paix que je vous donne. » ( Jn 14, 27) Ressuscité, il vient rencontrer les siens et les salue par le don de la paix ( Lc 24, 36, etc...

Mgr Ébacher VIII - Léon XIV et la paix

Il faut prendre le temps de lire et de relire les premiers mots que le pape Léon XIV a adressés à son diocèse et au monde. «  Que la paix soit avec vous tous! Très chers frères et sœurs, telle est la première salutation du Christ ressuscité, le Bon Pasteur qui a donné sa vie pour le troupeau de Dieu. Moi aussi, je voudrais que ce salut de paix entre dans votre cœur, atteigne vos familles, toutes les personnes, où qu'elles se trouvent, tous les peuples, toute la terre. Que la paix soit avec vous! C'est la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et désarmante, humble et persévérante. Elle vient de Dieu, Dieu qui nous aime tous inconditionnellement. [1]  » Léon XIV revient très souvent sur les qualités qui doivent caractériser cette paix à laquelle il demande à l’Église de travailler avec lui : « une paix désarmée et désarmante, humble et persévérante ». Que peuvent signifier pour le pape et pour nous ces quatre adjectifs? Quels appels, quels défis nou...

Mgr Ébacher VII - Léon XIV dans la lignée de Léon XIII

Le pape Léon XIV mentionne la doctrine sociale dans son premier discours, le 10 mai 2025 : « Aujourd'hui l'Église offre à tous son héritage de doctrine sociale. » [1] Ce discours expose le programme de Léon XIV. Et il est adressé à ses plus proches collaborateurs et conseillers : les cardinaux. Quoique très brève, cette référence à la doctrine sociale est donc très significative. Cette doctrine est affirmée comme une partie essentielle du programme pastoral et doctrinal de Léon XIV, qui se situe ainsi dans la filiation de Léon XIII. C’est aussi un appel à ce que toute l’Église, avec son pasteur suprême, prenne au sérieux la doctrine sociale, non seulement en paroles, mais en actes. Elle doit l’offrir « à tous ». Cette doctrine concerne le bien de toute l’humanité. Le 17 mai 2025, Léon XIV accorde une audience aux membres de la fondation Centesimus Annus pro Pontifice . Cette fondation a pour objectif de faire connaître, d’approfondir et de mettre en prat...

Mgr Ébacher VI - Aperçu des apports des encycliques sociales

En 1931, Pie XI publie Quadragesimo Anno . Le sous-titre officiel affirme la raison d’être de ce document : « Sur la restauration de l’ordre social, en pleine conformité avec les préceptes de l’Évangile, à l’occasion du quarantième anniversaire de l’Encyclique Rerum Novarum . » Et Pie XI ajoute : « Nous avons jugé opportun de rappeler et de développer la doctrine sociale de l’Église, afin de l’adapter aux conditions nouvelles de notre temps. » Le pape insiste sur la justice, la charité, la subsidiarité, la collaboration organique entre classes. En 1961, Jean XXIII publie Mater et Magistra . Le pape promeut une mise à jour de la doctrine sociale par rapport aux transformations économiques, sociales et technologiques du monde moderne, afin d’orienter la vie sociale vers la justice, la solidarité et le bien commun. Cette encyclique développe une vision plus globale et plus sociale de la mission de l’Église dans le monde contemporain. En 1963, Jean  X...

Quelques réflexions en ce mercredi des Cendres 2026 de Monseigneur Paul-André Durocher

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    I — De la poussière à la gloire Avant la réforme liturgique du Concile Vatican II (1962-1965), l’imposition des cendres était accompagnée de cette formule invariable : «   Souviens-toi, homme, que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière.   » Ces mots sont tirés de Genèse 3, 19 où Dieu explique à Adam et Ève la conséquence de leur faute. Dans la spiritualité préconciliaire, on insistait sur les conséquences néfastes de ce péché des origines. On exhortait les fidèles à faire pénitence et acte de réparation devant un Dieu qu’on imaginait d’abord comme un juge sévère. Le document du Concile sur la liturgie en 1963 a rappelé que toute la vie de l’Église doit être centrée sur le mystère pascal — non seulement la mort, mais aussi la résurrection du Christ. C’est pourquoi on a proposé une deuxième formule optionnelle pour l’imposition des cendres : «   Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle.   » (Marc 1, 15). Cette formule met l...

Mgr Ébacher V - Qu’est la doctrine sociale de l’Église ?

Le pape Jean-Paul II en a donné la formulation suivante : «  En commençant par l'apport remarquable de Léon XIII, enrichi par les contributions successives du Magistère, s'est constitué un corps de doctrine actualisé qui s'articule à mesure que l'Église interprète les événements dans leur déroulement au cours de l'histoire à la lumière de l'ensemble de la Parole révélée par le Christ Jésus et avec l'assistance de l'Esprit Saint (cf  Jn  14, 16.26; 16, 13-15). » [1] La doctrine sociale est l’ensemble cohérent de principes moraux et de critères d’action que l’Église propose pour orienter la vie sociale, économique, politique et culturelle à la lumière de l’Évangile. Elle cherche à former les consciences, sans vouloir organiser la société à la place des acteurs politiques ou économiques. Les principes clés de la doctrine sociale de l’Église sont : 1.       La dignité de la personne humaine. Cette dignité est inaliénable e...

Mgr Ébacher IV - Léon XIII, fondateur de la doctrine sociale de l’Église

 La sollicitude sociale de l’Église n'a certes pas commencé avec Léon XIII (voir texte no III). Néanmoins, venant se greffer sur une tradition pluriséculaire, son encyclique intitulée Rerum Novarum [1] , publiée en 1891, marque un développement substantiel de l'enseignement de l’Église dans le domaine social et ouvre un nouveau chemin dans lequel l’Église marche encore aujourd’hui. Au XIXe siècle, la révolution industrielle transformait radicalement les sociétés occidentales. La situation était tellement nouvelle que Léon XIII a senti en conscience qu’il fallait donner une réponse nouvelle aux « choses nouvelles » de son temps. Il ne suffisait plus de se limiter à des sujets doctrinaux, à des analyses théoriques. Le pape a compris qu’il fallait affronter explicitement les drames familiaux, sociaux, économiques du temps avec une approche inédite, une nouvelle méthode, un dialogue franc avec la modernité. Aussi, voulant traiter de la condition des ouvriers de son temps,...