Mgr Ébacher XXXVI - Autres textes de Léon XIV sur l’IA

Je termine cette série sur Léon XIV et l’IA par des messages donnés dans diverses circonstances. Ils sont si riches et si humains! Notez les divers auditoires; et comment Léon XIV s’y sert continuellement des critères essentiels de la Doctrine sociale développés dans son encyclique sociale (dignité humaine comme critère essentiel, bien commun, solidarité, subsidiarité, justice, vérité) pour discerner et guider dans ce chantier de notre temps.

Le 29 octobre 2025, le pape s’adresse à des représentants de diverses religions : Ensemble, nous devons « nous pencher sur le développement responsable de l'intelligence artificielle, car si elle est conçue comme une alternative à l'humain, elle peut gravement violer son infinie dignité et neutraliser ses responsabilités fondamentales. Nos traditions ont une immense contribution à apporter à l'humanisation de la technologie et donc à inspirer sa régulation, pour protéger les droits humains fondamentaux.[1] »

Dans un message du 22 août 2026 adressé au Synode vaudois, le pape évoque le thème de l’intelligence artificielle. Il souligne qu’il est nécessaire de « faire progresser la technique sans faire régresser le cœur[2]».

Dans un message à des jeunes du Brésil, le pape les invite à s’inspirer de saint Carlo Acutis. « En le prenant comme modèle, je vous conseille d’utiliser bien les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle, en employant ces outils de manière modérée et disciplinée, car ils peuvent nous plonger dans un monde irréel, où l’éphémère, la simple apparence et la tromperie prennent la place des véritables valeurs et de ce qui compte vraiment[3]. »

Le 21 août 2026, Léon XIV s’adresse à la XVIIe rencontre annuelle de l’International Catholic Legislators Network, dont le thème était : « Dignité humaine et Intelligence artificielle : défis, opportunités et contrôle ». C’est là « une des questions fondamentales de notre époque [4]», affirme d’emblée le pape. « Toute avancée technologique place l’humanité face à une question morale : pas simplement que pouvons-nous faire, mais que devrions-nous faire? En effet, notre famille humaine se trouve aujourd’hui face à un choix décisif. […] Est-ce que la technologie aide les personnes à devenir plus fraternelles et responsables envers elles-mêmes et les uns envers les autres? […] Chers législateurs, votre vocation vous place au cœur de ce défi. Étant responsables de concevoir des politiques pour gérer la technologie en vue du bien commun, votre tâche ne consiste pas à empêcher l’innovation, mais à la guider avec sagesse. Une bonne législation devrait encourager la créativité scientifique et technologique, tout en préservant les droits humains et les libertés fondamentales. Elle devrait protéger les utilisateurs de l’exploitation, préserver la vie privée, garantir la transparence dans l’utilisation des nouvelles technologies et assurer qu’elles renforcent les institutions démocratiques. »

« Chers amis, le monde n’a pas besoin d’une intelligence artificielle qui diminue l’humanité; au contraire, il a besoin d’une intelligence artificielle illuminée par la sagesse, l’autorité politique guidée par la conscience et l’innovation technologique guidée par la charité. Ce n’est qu’alors que l’intelligence artificielle deviendra non pas le rival de l’humanité, mais le serviteur du bien commun. »

Lors de sa visite d’été du 22 juin 2026 pour enfants au Vatican, Léon XIV entre dans un dialogue simple et chaleureux, très sympathique! Je le cite longuement[5]. « Je suis très heureux d’être ici avec vous ce matin. Bien. Comment pouvons-nous nous détacher un peu de l’écran? […] Une chose importante : la technologie peut être très utile et nous en avons besoin pour beaucoup de choses, mais quand nous sommes ensemble, il n’est pas nécessaire d’avoir un téléphone portable ou une tablette en permanence. […] Il est très important de nouer des amitiés, d’être ensemble, de jouer ensemble, peut-être même d’étudier ensemble en tant que personnes, pas en tant qu’ordinateurs ou machines, en tant que techno-robots. Nous sommes des êtres humains, des personnes, et le contact avec les autres est très important. Donc ce serait une première chose. »

La deuxième : « La famille qui est réunie, il ne suffit pas que nous soyons tous là, tout le monde regarde son téléphone portable. Il est très important d’apprendre à dialoguer, à converser, à bien s’entendre avec les autres, à jouer ensemble, et aussi à prier ensemble, car même si nous avons la Bible et quelques prières sur le téléphone portable, Dieu ne veut pas regarder le téléphone portable : Dieu veut regarder nos cœurs, nos vies. Et donc, être libéré de ces choses qui en elles-mêmes peuvent être amusantes, une aide, une belle chose, mais il est bien plus important de développer notre être humain par l’amitié, la conversation. » […]

« Nous sommes des êtres humains. Vivre et développer cette dimension humaine. Et aussi la partie spirituelle de nos vies : chercher Dieu dans la prière, chercher Dieu ensemble, dans la famille, vivre un peu plus librement de cette dépendance à la technologie. Même dans la famille : la famille qui est réunie, il ne suffit pas que nous soyons tous là, tout le monde regarde son téléphone portable. Il est très important d’apprendre à dialoguer, à converser, à bien s’entendre avec les autres, à jouer ensemble, et aussi à prier ensemble, car même si nous avons la Bible et quelques prières sur le téléphone portable, Dieu ne veut pas regarder le téléphone portable : Dieu veut regarder nos cœurs, nos vies. »

Le 24 octobre 2025, Léon XIV rencontre les Supérieurs Majeurs des Jésuites[6]. « L’Église a besoin de vous aux frontières, qu’elles soient géographiques, culturelles, intellectuelles ou spirituelles. Ce sont des endroits risqués, où les cartes connues ne suffisent plus. […] La technologie, en particulier l’intelligence artificielle, est une autre frontière importante. Il a le potentiel d’épanouissement humain, mais comporte aussi des risques d’isolement, de perte d’emploi et de nouvelles formes de manipulation. L’Église doit aider à guider ces évolutions de manière éthique, en défendant la dignité humaine et en promouvant le bien commun. Nous devons discerner comment utiliser les plateformes numériques pour évangéliser, former des communautés et défier les faux dieux du consumérisme, du pouvoir et de l’autosuffisance. »

Et Léon XIV continue, de jour en jour, cet enseignement qu’il considère comme essentiel dans « le monde de ce temps ».

† Roger Ébacher



[6] Aux Supérieurs Majeurs de la Compagnie de Jésus (24 octobre 2025) 

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