Mgr Ébacher - Léon XIV et le sport

Léon XIV n’est pas le premier pape à donner des enseignements sur le sport. Les premières réflexions papales sur l’éducation et sport viennent de Léon XIII. Pie X reconnut le sport comme intégré dans la vie chrétienne. Pour sa part, Jean-Paul II a présenté dans de nombreux discours une vision anthropologique forte du sport. Benoît XVI n’eut que des interventions ponctuelles sur le sujet. Dans le document « Donner le meilleur de soi-même », du pape François on trouve une première synthèse officielle sur la question. Mais c’est Léon XIV qui nous offre l’exposé le plus complet du sport dans sa lettre : « La vie en abondance ». Dans le présent document, je me limite à une présentation de la question et divers exemples d’enseignements du pape sur le sport.

Léon XIV est un sportif et aime le tennis. Dès le 14 mai 2025[1], Sinner, champion mondial de tennis, est venu le rencontrer. Lors de son voyage en Espagne, il a donné des informations sur la place du sport dans sa vie[2]. « J'ai joué au football quand j'étais jeune, mais au football américain, un peu plus violent. Mais je jouais aussi au football avec les séminaristes quand j'étais à Trujillo. […] Ensuite, au Pérou, avec les séminaristes […] Un peu de sport fait du bien à tout le monde, il faut trouver le moyen, disons, de rester en forme et en bonne santé : corps, esprit et âme. Cela a donc fait partie de ma vie. Et puis, le football nous aide aussi à nous rappeler quelque chose de très important : que la vie n’est pas une course à mener en solitaire, elle se joue en équipe et il faut apprendre à courir ensemble. »

Le dimanche 15 juin 2025, fête de la Sainte Trinité, à Rome ce sont les journées du jubilé du sport. Dans son homélie, le pape affirme : « Le sport peut nous aider à rencontrer Dieu Trinité : parce qu’il exige un mouvement de soi vers l’autre, certes extérieur, mais aussi et surtout intérieur. Sans cela, il se réduit à une stérile compétition d’égoïsmes. […] Il ne s’agit pas seulement de donner une performance physique, même extraordinaire, mais de se donner soi-même, […] et, si l’on est vraiment sportif, cela vaut au-delà du résultat.

Dans cette optique, mentionnons en particulier trois aspects qui font aujourd’hui du sport un moyen précieux de formation humaine et chrétienne. Premièrement, dans une société marquée par la solitude, où l’individualisme exacerbé a déplacé le centre de gravité du “nous” vers le “je”, finissant par ignorer l’autre, le sport – surtout lorsqu’il s’agit d’un sport d’équipe – enseigne la valeur de la collaboration, du cheminement commun, de ce partage qui, comme nous l’avons dit, est au cœur même de la vie de Dieu (cf. Jn 16, 14-15). […]

Deuxièmement, dans une société de plus en plus numérique, où les technologies, tout en rapprochant les personnes éloignées, éloignent souvent celles qui sont proches, le sport valorise le caractère concret du vivre ensemble, le sens du corps, de l’espace, de l’effort, du temps réel. […]

Troisièmement, dans une société compétitive où il semble que seuls les forts et les gagnants méritent de vivre, le sport enseigne aussi à perdre, en confrontant l’homme, dans l’art de la défaite, à l’une des vérités les plus profondes de sa condition : la fragilité, la limite, l’imperfection. Cela est important, car c’est à partir de l’expérience de cette fragilité que l’on s’ouvre à l’espérance. […] Chers sportifs, l’Église vous confie une très belle mission : être, dans vos activités, un reflet de l’amour de Dieu Trinité pour votre bien et celui de vos frères.[3] »

Lors de l’Angelus du même jour, Léon XIV revient sur le sujet : « Je vous exhorte à vivre l’activité sportive, y compris au niveau compétitif, toujours dans un esprit de gratuité, dans un esprit “ludique” au sens noble du terme, car c’est dans le jeu et dans le divertissement sain que l’être humain ressemble à son Créateur. […] Sœurs et frères, je vous encourage à pratiquer ce style de manière consciente, en vous opposant à toute forme de violence et d’oppression.[4] »

Saluant l’équipe de football de Naples, le pape Léon XIV  affirme l’aspect éducatif du sport: «La valeur sociale d’un événement comme celui-ci, qui va au-delà du simple fait technique et sportif, est l’exemple d’une équipe – au sens le plus large – travaillant ensemble, dans laquelle les talents des individus sont placés au service de l’ensemble. Malheureusement, lorsque le sport devient une entreprise, il risque de perdre les valeurs qui le rendent éducatif, et peut même devenir anti-éducatif. Il est nécessaire de rester attentif à cela, surtout en ce qui concerne les adolescents. Je fais appel aux parents et aux gestionnaires sportifs : nous devons être très attentifs à la qualité morale de l’expérience sportive au niveau compétitif, car la croissance humaine des jeunes est en jeu.[5] »

Est intéressant le discours du 25 juin 2026[6]. « Le sport, lorsqu’il est bien vécu, est un remède pour le corps et l’âme. Il intègre les différentes composantes de la personne et la guide vers des valeurs très importantes, telles que l’engagement, la solidarité, l’honnêteté. […]

Le sport est aussi une opportunité de croissance spirituelle. Et la natation, dans ce cas, a quelque chose de spécial. En fait, il se pratique immergé dans un élément, l’eau, qui enveloppe la personne. Cela rappelle symboliquement un aspect qui nous constitue, depuis le ventre maternel : vivre signifie apprendre à bouger en harmonie avec les autres et avec l’environnement qui nous entoure. Pour nous, chrétiens, donc, l’eau est un symbole du baptême et d’une vie nouvelle en Christ.

Il y a cependant une autre raison pour laquelle je suis heureux d’être ici. Vous tous, en fait, venus de différents pays, vous êtes réunis ici, animés par la même passion et les mêmes valeurs, au-delà de toute différence de langue, nationalité ou culture. Ce fait, typique des événements sportifs internationaux, offre un signe d’espoir, un signe du monde que nous désirons ; Il contribue à la rencontre pacifique entre les peuples et à la fraternité. »

Je résume les valeurs essentielles du sport selon Léon XIV. Le sport est une école de fraternité et de paix, où l’on apprend que « personne ne se sauve tout seul » et où naissent amitiés, collaboration et esprit d’équipe. Le sport enseigne le respect de soi, des autres, des règles, et de l’adversaire, dans un esprit de loyauté et de dignité humaine. Il rapproche les cultures, unit les peuples, et devient un langage universel qui promeut la solidarité. Le sport est un lieu d’effort, de discipline, de persévérance, où l’on apprend à dépasser ses limites avec humilité. Léon XIV insiste sur la joie simple de jouer, de se rencontrer, de célébrer ensemble victoires et défaites. Le sport est en somme un chemin d’éducation intégrale : unité du corps, de l’âme et de l’esprit, discipline, vertu, gratitude. Il peut devenir une parabole de la vie chrétienne. Je retiens enfin que le sport doit être un espace de rencontre, non d’exclusion, ouvert à tous.

Je termine ce relevé partiel des interventions du pape sur le sport en citant la  prière recommandée par Léon XIV: « Pour les valeurs du sport. »[7]

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur de la vie,

nous te rendons grâce pour le don du sport,

pour ceux qui glorifient Dieu par l’exercice de leur corps,

pour les amitiés qui naissent sur le terrain

et la joie de jouer en équipe.

Tu nous enseignes que dans la vie, comme dans le jeu,

personne ne se sauve tout seul.

Nous avons besoin des autres pour grandir,

apprendre le respect, dépasser nos limites

et célébrer ensemble les victoires obtenues.

Nous te prions pour que le sport soit toujours

une école de fraternité et non de rivalité vide,

un espace de rencontre et non d’exclusion,

un chemin de paix et non de violence.

Que ceux qui pratiquent, entraînent ou encouragent

découvrent dans le sport un langage universel

qui rapproche les cultures, unit les peuples

et sème le respect, la solidarité et le dépassement de soi.

Seigneur Jésus,

que chaque sport devienne une parabole d’une vie vécue avec toi,

dans l’effort joyeux,

avec humilité dans la défaite

et gratitude dans la victoire que tu nous offres dans ta résurrection.

Que ton Esprit ne nous manque jamais,

pour que nous soyons une seule équipe, unie à toi,

au service de la communion et de la fraternité dans l’histoire.

Amen.

Pour être honnête, je dois vous dire que je n’ai jamais pratiqué de sport ni ne fus intéressé à ses disciplines. Mais pourquoi ne pas chercher à sentir un peu et à partager l’enthousiasme du pape pour le sport et les valeurs qu’on  cultive? Quel bel équilibre dans cet enseignement!

† Roger Ébacher

 



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