Mgr Ébacher XXXI - Quo vadis, humanitas? Transhumanisme et posthumanisme

 Quo vadis, humanitas? [Où vas-tu, humanité?] [1][2][3] a été rédigé par la Commission théologique internationale. Ce document m’apparaît être une boussole essentielle pour naviguer dans les mutations rapides de l’humanité aujourd’hui.

La Constitution pastorale Gaudium et Spes (1965-2025), dont ce document marque le 60ème anniversaire, engage l’Église à examiner attentivement la condition de l’humanité dans le monde d’aujourd’hui à la lumière du mystère du Christ. « Le développement actuel se situe dans une tension entre les efforts pour améliorer concrètement les conditions de vie des peuples et les rêves de remplacer l’humain. » (9)

Le présent document place au centre l’être humain, « dans son unité et sa totalité, avec son corps et son âme, avec son cœur et sa conscience, avec sa pensée et sa volonté », afin de promouvoir cet humanisme intégral et solidaire « capable d’animer un nouvel ordre social, économique et politique, fondé sur la dignité et sur la liberté de toute personne humaine, à mettre en œuvre dans la paix, dans la justice et dans la solidarité. » (7)

« La réflexion sur l’humain, dans différents domaines de la vie personnelle et sociale, semble aller au-delà de l’humain, en interrogeant la spécificité de la nature humaine elle-même. » (5) Le but de la Commission est de mener un « discernement critique face à certains des plus importants scénarios sur l’avenir de l’humanité. » (8)

Le « thème central du document : une confrontation avec les défis du transhumanisme et du posthumanisme. » (8-16)

J’avoue que ce discernement sur le transhumanisme et le posthumanisme m’intéresse particulièrement. Depuis longtemps, je me pose des questions suite à ces développements qui semblent mettre en question l’identité actuelle de l’homme, même propose de dépasser totalement cette identité  pour en venir à créer une post-humanité ou quelque chose du genre. C’est bien de cela que traite ce texte.

« Les êtres humains sont les seules créatures qui savent qu’ils sont finis et doivent donc faire face à cette réalité. Il est possible d’envisager différentes options qui s’ouvrent ainsi à chaque être humain : on peut tenter d’absolutiser la finitude; on peut tenter d’échapper à la finitude dans un infini fictif; on peut essayer de s’accommoder de la finitude; on peut habiter la tension entre finitude et infini, dans l’espoir d’un accomplissement reçu en don. […] Et c’est précisément parce qu’ils sont conscients de leur finitude que les êtres humains désirent ardemment transcender tout ce qui est fini. » (13)

La présente analyse considère les nouvelles formes pour transcender le fini que préconisent certains courants de pensée très influents dans les sociétés contemporaines, tels que le transhumanisme et le posthumanisme.

« Le transhumanisme et le posthumanisme, bien que liés et parfois considérés comme identiques (en raison de leurs définitions respectives encore assez floues), représentent des perspectives différentes dans la compréhension de la nature humaine et de l’avenir de l’humanité. » (14)

Le transhumanisme

« Le transhumanisme est un mouvement philosophique qui part du principe que l’être humain peut et doit utiliser les ressources de la science et de la technologie pour dépasser les limites physiques et biologiques de la condition humaine, en particulier le vieillissement et même la mort, façonnant ainsi sa propre évolution et maximisant son potentiel, jusqu’à redessiner l’être humain pour lui permettre d’aller plus loin. » Le mouvement souscrit « à une vision idéologique et naïvement acritique du progrès scientifique et technologique. »

« Le transhumanisme imagine un avenir dans lequel les êtres humains perfectionneront la forme biologique qui caractérise actuellement la nature humaine, afin d’atteindre l’objectif d’une immortalité individuelle soutenue par la technologie. Dans la portée utopique de sa recherche d’une immortalité immanente, le transhumanisme peut être interprété comme l’expression existentielle d’une présomption à la fois naïve et arrogante. » (14)

En  résumé, ce terme désigne la volonté d’améliorer de façon concrète, à travers la science et la technologie, les conditions de vie des peuples, dépassant leurs limites physiques et biologiques. Depuis longtemps, l’humanité cherche à « égaler les dieux ». Le transhumanisme actualise cette tentation en visant un homme « augmenté » ou immortel.

Le posthumanisme

« Le posthumanisme au sens strict critique l’humanisme traditionnel, remettant en question la spécificité des êtres humains et l’existence d’une “forme humaine” qui, en tant que telle, mérite d’être préservée, car elle est porteuse d’une signification universellement valable. Il met donc l’accent sur 1’ “hybride” (cyborg[4]), jusqu’à déconstruire le sujet humain, rendant totalement fluide la frontière entre l’humain et la machine, et rejetant l’anthropocentrisme qui reste caractéristique du transhumanisme. En fin de compte, le posthumanisme au sens strict peut être compris comme une expression existentielle de fuite de la réalité, qui part d’une dévalorisation radicale de l’humain. » (15) Il vit le « rêve » de remplacer l’humain, en mettant l’accent sur le cyborg, c’est-à-dire l’hybride qui rend la frontière poreuse entre l’homme et la machine.

La condition dramatique du processus historique d’humanisation ‒ racheté et mené à son accomplissement gratuit dans le Christ. 

« L’intelligence de la foi chrétienne pousse à rechercher une synthèse des tensions profondes qui caractérisent l’être humain, et qui sont aujourd’hui reprises sous une forme inédite et provocante par le transhumanisme et le posthumanisme, dans le Christ rédempteur, mort et ressuscité. […] La condition dramatique du processus historique d’humanisation, à partir de la polarité entre fini et infini, est en effet sauvée et accomplie en Jésus-Christ, et ne peut trouver de solution dans une forme quelconque de substitution ou de suppression de l’humain. » (16)

† Roger Ébacher



[2] Ce document, tout comme celui déjà résumé intitulé Antiqua et Nova (mes articles XVIA et B), montre à quel point les organismes du Vatican ou rattachés au Vatican prennent au sérieux les engagements des papes François et Léon XIV dans un développement nouveau de la Doctrine sociale face à l’intelligence artificielle, ses potentialités et ses défis. Ce document-ci a été publié avant l’encyclique de Léon XIV, qui le cite.

[3] J’aime cette affirmation d'Isabella Piro, Cité du Vatican, en commentaire de ce texte : « Une parole confiée à une machine n’est pas une parole reçue par une conscience. Une réponse générée par algorithme n’est pas une écoute. Une imitation de visage, même habile, n’est pas une rencontre. »

 

[4] « Être hybride mêlant des éléments organiques humains à des composants mécaniques ou électroniques, possédant des capacités augmentées. »

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Mgr Ébacher XXXIIA - Marie Mère de l’Église, femme qui a « espéré contre toute espérance »

Quelques réflexions en ce mercredi des Cendres 2026 de Monseigneur Paul-André Durocher

Qu'est-ce qu'un comité de liturgie? Quelle est sa mission?