Mgr Ébacher XXX - Magnifica Humanitas - Un regard général sur l’encyclique
La première encyclique de Léon XIV est un texte massif de
245 paragraphes consacré à la Doctrine sociale, la révolution numérique et l’intelligence
artificielle. Mais ce n’est pas un texte réservé aux spécialistes. C’est une
lettre d’amour adressée à l’humanité. Elle contient une invitation du pape à
protéger la dignité de chaque personne, une exhortation à orienter la technique
vers le bien, un appel à bâtir la paix. La parole du pape est un encouragement
à vivre pleinement notre vocation humaine et chrétienne dans le monde qui est
le nôtre aujourd’hui.
Léon XIII, en publiant Rerum
Novarum, a formulé la Doctrine sociale comme réponse de l’Église à la révolution
industrielle du XIXe siècle. Léon XIV s’inscrit dans le même chantier avec Magnifica Humanitas pour répondre à la
révolution numérique, dont l’IA. Dans les deux cas, l’Église défend la dignité
du travailleur, la justice sociale, et la primauté de la personne sur les
logiques économiques.
Magnifica Humanitas
ne modifie pas les principes fondamentaux de la Doctrine Sociale : dignité
humaine, bien commun, solidarité, subsidiarité, destination universelle des
biens, mais elle les réinterprète et les réoriente face aux défis inédits de
l’intelligence artificielle.
Dans son discernement communautaire des « choses
nouvelles » de notre époque, Léon XIV insiste sur la centralité de la
dignité humaine. Elle n’est pas négociable. Le pape la défend vigoureusement
contre les dérives transhumanistes et posthumanistes. L’homme n’est pas un
projet à optimiser.
L’IA n’a pas de corps, pas de relation. Elle ne remplacera
jamais l’expérience humaine incarnée. La personne est un sujet de relations avec
Dieu, les autres, la création. Le pape lance un puissant appel à redécouvrir la
vulnérabilité humaine comme un lieu de grandeur : la « magnifique
humanité », image de Dieu, est fragile, relationnelle, incarnée. La
sagesse, la compassion et la responsabilité morale ne sont pas automatisables.
Le pape n’est pas contre l’IA. Il appelle à une technologie
orientée vers la fraternité, respectueuse de la dignité humaine. Il condamne
fermement les armes autonomes létales.
Déléguer la décision de tuer à une
machine est intrinsèquement immoral. La paix ne peut être obtenue par la
technique seule : elle exige dialogue,
justice, mémoire et réconciliation, dimensions que les machines ne
peuvent produire.
La conclusion de l’encyclique propose un itinéraire de vie
chrétienne sobre et exigeant pour vivre notre changement d’époque à la lumière
de l’Évangile.
† Roger Ébacher
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