Mgr Ébacher X - Dilexi te, une exhortation pastorale
Le 4 octobre 2025, Léon XIV publiait une exhortation apostolique intitulée Dilexi te (Je t’ai aimé), « sur l’attention de l’Église envers les pauvres et avec les pauvres. »[1] C’est le premier texte majeur de son pontificat. J’ai été frappé par la puissance de cette exhortation, par sa profondeur et par sa faculté à mobiliser en faveur de la justice et de la charité envers les pauvres.
Le présent résumé de cette exhortation se veut une
invitation à en méditer le texte intégral pour en goûter la saveur évangélique
et ecclésiale, pour en faire passer la sève dans l’intelligence, le cœur, les
mains, en somme dans le quotidien de qui la reçoit.
Léon XIV explique l’origine de son exhortation :
« Dans les derniers mois de sa vie le Pape François prépara, en continuité
avec l’encyclique Dilexit nos, une
Exhortation apostolique sur l’attention de l’Église envers les pauvres et avec
les pauvres, intitulée Dilexi te […] Ayant
reçu en héritage ce projet, je suis heureux de le faire mien […] En effet, je
pense moi aussi qu’il est nécessaire d’insister sur ce chemin de
sanctification, parce que dans “cet appel à le reconnaître dans les pauvres et
les souffrants, se révèle le cœur même du Christ, ses sentiments et ses choix
les plus profonds, auxquels tout saint essaie de se conformer.” » (3)
Premier chapitre. Quelques paroles
indispensables
Les disciples de Jésus critiquèrent la femme qui avait versé
sur sa tête une huile parfumée très précieuse. « C’était un petit geste,
certes, mais ceux qui souffrent savent combien même un petit geste d’affection
peut être grand, et quel soulagement il peut apporter. » (4)
« Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus
petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait », affirme Jésus (Mt 25, 40). « Le contact avec
ceux qui n’ont ni pouvoir ni grandeur est une manière fondamentale de
rencontrer le Seigneur de l’histoire. À travers les pauvres, Il a encore
quelque chose à nous dire. » (5)
Léon XIV rappelle François d’Assise. « La figure
lumineuse du Poverello ne cessera jamais de nous inspirer. »
Il cite Paul VI : « L’antique histoire du bon Samaritain a été le
paradigme de la spiritualité du Concile ». Et il ajoute : « Je
suis convaincu que le choix prioritaire en faveur des pauvres engendre un
renouveau extraordinaire, tant dans l’Église que dans la société, lorsque nous
sommes capables de nous libérer de l’autoréférentialité et que nous parvenons à
écouter leur cri. » (6-7)
Le pape revient à l’Écriture, où il faut toujours puiser! Dieu,
dans le buisson ardent, révèle à Moïse : « J’ai vu la misère de mon
peuple qui est en Égypte. J’ai entendu son cri devant ses oppresseurs; oui, je
connais ses angoisses. » (Ex 3,
7-8.10) (7) Dieu voit la misère, entend le cri, descend pour libérer. Ce schéma
fonde le style de la mission ecclésiale : écouter, se laisser toucher,
agir.
La relation aux pauvres n’est pas un supplément facultatif
de la vie chrétienne. L’Église n’est pas fidèle à l’Évangile si elle s’éloigne
des pauvres ou si elle réduit la charité à une activité secondaire. Les paragrahes
9-15 montrent les exigences qui découlent de ces Paroles.
Deuxième chapitre. Dieu choisit les
pauvres
« Dieu est amour miséricordieux. […] C’est précisément
pour partager les limites et les fragilités de notre nature humaine qu’Il s’est
fait Lui-même pauvre, qu’Il est né dans la chair comme nous, que nous l’avons
connu dans la petitesse d’un enfant couché dans une mangeoire et dans
l’humiliation extrême de la croix, là où Il a partagé notre pauvreté radicale
qui est la mort. On comprend bien pourquoi on peut aussi parler théologiquement
d’une option préférentielle de Dieu pour les pauvres. […] Cette “préférence”
n’indique pas une exclusion ou une discrimination envers d’autres groupes, qui
seraient impossibles en Dieu. Elle entend souligner l’action de Dieu qui est
pris de compassion pour la pauvreté et la faiblesse de l’humanité tout entière
et qui, voulant relever et inaugurer un Règne de justice, de fraternité et de
solidarité, a particulièrement à cœur ceux qui sont discriminés et opprimés,
demandant à nous aussi, son Église, un choix décisif et radical en faveur des
plus faibles. » (16)
L’appel du Seigneur à l’amour miséricordieux envers les
pauvres trouve sa pleine expression dans la parabole du jugement dernier (Mt 25, 31-46). « Si nous
recherchons cette sainteté qui plaît aux yeux de Dieu, nous trouvons
précisément dans ce texte un critère sur la base duquel nous serons jugés. »
« Il est indéniable que la primauté de Dieu dans l’enseignement de Jésus
s’accompagne d’un autre point ferme : que l’on ne peut aimer Dieu sans
étendre son amour aux pauvres. L’amour du prochain est la preuve tangible de
l’authenticité de l’amour pour Dieu. » (26) Léon XIV met en garde contre
les tentatives de relativiser ou d’édulcorer ces exigences évangéliques. Il
appelle à une conversion personnelle et communautaire qui rende l’Église plus
proche des pauvres, plus simple, plus fraternelle. (29-34)
L’attention aux pauvres est une source de renouveau
spirituel et ecclésial. L’Église est appelée à se laisser transformer par la
rencontre avec les pauvres. Ils sont des maîtres spirituels, des lieux de
révélation, des semences de renouveau. L’Église doit donc être humble, simple,
fraternelle, proche des petits.
Troisième chapitre. Une Église pour
les pauvres
« Il existe un lien inséparable entre notre foi et les
pauvres. Nous en trouvons de nombreux témoignages tout au long de l’histoire
bimillénaire des disciples de Jésus. » (36-81)
« Malgré leur pauvreté, les premiers chrétiens sont
conscients de la nécessité de prendre soin de ceux qui se trouvent davantage
dans le besoin. » (37) Il est significatif que le premier disciple à
avoir témoigné de sa foi dans le Christ jusqu’à l’effusion de son sang ait été le
diacre Étienne. Deux siècles plus tard, le diacre Laurent manifestera son adhésion à Jésus-Christ de
manière similaire. Puis l’histoire va des Pères de l’Église d’Orient et d’Occident
au soin des pauvres dans les monastères, de la libération des captifs, des œuvres
des Ordres Hospitaliers à nos hôpitaux catholiques, se continue par l’éducation
des pauvres, l’accueil des réfugiés, les mouvements populaires… C’est une
histoire sainte qui se continue…
Léon XIV trace les jalons essentiels de cette histoire de
l’amour des pauvres. L’Église y apparaît comme la mère des pauvres, un lieu
d’accueil et de justice. Le pape cite Jean-Paul II : « Dans la
personne des pauvres il y a une présence spéciale du Fils de Dieu qui impose à
l’Église une option préférentielle pour eux ». Et il en tire la conclusion
suivante : « C’est donc en se penchant pour prendre soin des pauvres
que l’Église assume sa posture la plus élevée. » (79)
Quatrième chapitre. Une histoire qui
continue.
Et c’est « le siècle de la Doctrine Sociale de l’Église »,
affirme le pape en sous-titre à ce chapitre. « L’accélération des
transformations technologiques et sociales des deux derniers siècles, qui
abonde de contradictions tragiques, n’a pas seulement été subie mais aussi
affrontée et pensée par les pauvres. Les mouvements de travailleurs, de femmes,
de jeunes, de même que la lutte contre les discriminations raciales ont
entraîné l’éveil d’une nouvelle conscience de la dignité de ceux qui sont en
marge. […] À leurs côtés, travaillent des religieux et religieuses témoins
d’une Église qui sort des sentiers battus ». (82)
Léon XIV affirme que la situation actuelle de notre monde
est encore plus exigeante : « Le changement d’époque auquel nous
sommes confrontés rend aujourd’hui encore plus nécessaire l’interaction
continue entre les baptisés et le Magistère, entre les citoyens et les experts,
entre le peuple et les institutions. En particulier, il faut reconnaître à
nouveau que la réalité se voit mieux à partir des marges et que les pauvres
sont dotés d’une intelligence particulière, indispensable à l’Église et à
l’humanité. » (82)
Les paragraphes qui suivent (83-102) font une lecture des
deux derniers siècles. De cette longue interprétation des diverses
interventions ecclésiales sur le sujet des pauvres dans la société et dans l’Église,
Léon XIV tire la conclusion suivante. « Dans cette perspective, il
apparaît clairement qu’il est nécessaire que tous nous nous laissions
évangéliser par les pauvres, et que nous reconnaissions tous la mystérieuse
sagesse que Dieu veut nous communiquer à travers eux. » (102)
Cinquième chapitre. Un défi permanent
Léon XIV se fait plus pressant : « Le souci des
pauvres fait partie de la grande Tradition de l’Église comme un phare lumineux
qui, à partir de l’Évangile, a éclairé les cœurs et les pas des chrétiens de
tous les temps. C’est pourquoi nous devons sentir l’urgence d’inviter chacun à
entrer dans ce fleuve de lumière et de vie qui jaillit de la reconnaissance du
Christ dans le visage des nécessiteux et des souffrants. L’amour des pauvres
est un élément essentiel de l’histoire de Dieu avec nous et, du cœur même de
l’Église, il jaillit comme un appel continu aux cœurs des croyants, aussi bien
des communautés que des fidèles individuels. » (103)
« Le chrétien ne peut pas considérer les pauvres
seulement comme un problème social : ils sont une “question de famille”;
ils sont “des nôtres” ». (104) Rappelant le Bon Samaritain, le pape
commente : « Disons-le, nous avons progressé sur plusieurs plans,
mais nous sommes analphabètes en ce qui concerne l’accompagnement, l’assistance
et le soutien aux plus fragiles et aux plus faibles de nos sociétés
développées. » (105) « Va, toi aussi, fais de même » (Lc 10, 37), est un commandement qu’un
chrétien doit entendre résonner chaque jour dans son cœur. (107)
Il cite en exemple Grégoire le Grand (108-109), Jean-Paul II
(110), puis le pape François : « Une Église pauvre pour les pauvres
commence par aller vers la chair du Christ. Si nous allons vers la chair du
Christ, nous commençons à comprendre quelque chose, à comprendre ce qu’est
cette pauvreté, la pauvreté du Seigneur. Et cela n’est pas facile. » (110)
Les derniers paragraphes développent l’affirmation que « tant
l’Ancien que le Nouveau Testament contiennent de véritables hymnes à l’aumône ».
Il en est de même de l’histoire de l’Église. Léon XIV retient Jean Chrysostome
comme témoin de cette préférence des pauvres, toujours actualisée dans les
diverses phases historiques de l’Église. Il nous appelle à vivre de même en
notre temps! (115-118)
Et Léon XIV conclut Dilexi
te par une exhortation fraternelle : « Que ce soit par votre
travail, votre lutte pour changer les structures sociales injustes, ou encore
par ce geste d’aide simple, très personnel et proche, il sera possible pour ce
pauvre de sentir que les paroles de Jésus s’adressent à lui : “Je t’ai
aimé” (Ap 3, 9). » (119-121)
Par cette exhortation apostolique, Léon XIV situe son pontificat
dans la tradition biblique et ecclésiale. Elle remonte à Dieu qui, dans le
buisson ardent, entend le cri des pauvres persécutés, répond à leur appel et
s’engage dans une œuvre de libération. Cette tradition passe par Jésus, sa vie
pauvre avec les pauvres et en leur faveur. Elle se continue dès les premières
générations chrétiennes… Le pape nous exhorte à la garder bien vivante dans nos
vies personnelles et ecclésiales d’aujourd’hui.
Ce déjà trop long résumé n’est qu’un squelette de cette exhortation
si brûlante, lumineuse, engagée!
† Roger Ébacher
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