Mgr Ébacher IX - Le souci de la paix dans la Bible, en Jésus et dans l’Église

La paix est un ferment qui travaille le cœur des humains depuis Adam jusqu’à nos jours. L’histoire de sa recherche, de son refus, des drames qui y sont rattachés est d’une telle richesse et d’une telle complexité que je me limiterai à quelques points de repère dans le domaine religieux biblique et chrétien. Pour en savoir plus, il est opportun de consulter le très riche document intitulé : Compendium de la doctrine sociale de l’Église[1].

Dans la révélation biblique, la paix est au cœur du dessein de Dieu pour son Peuple, pour l’humanité entière, pour toute sa création. Elle est le plus grand don de Dieu, la plénitude de la vie. Le prophète Isaïe annonce le Messie en le qualifiant de « Prince de la Paix. » (9, 5)

La veille de sa mort, Jésus plombe son testament spirituel par ce sceau : « Je vous laisse la paix; c'est ma paix que je vous donne. » (Jn 14, 27) Ressuscité, il vient rencontrer les siens et les salue par le don de la paix (Lc 24, 36, etc.). Cette paix a pour objet la réconciliation de l’humanité avec le Père. Elle est par le fait même la réconciliation avec les frères et sœurs, avec toute la création.

Tel est le socle sur lequel des papes, des évêques, des saintes et des saints, tout au long de l’histoire de l’Église, ont développé une doctrine de plus en plus cohérente et exigeante sur la paix. Je me limite à quelques exemples de papes notables pour leurs engagements pour la paix. Léon Ier (440–461) et sa rencontre avec Attila pour éviter la destruction de Rome et les massacres de la population. Grégoire VII (1073–1085) et ses tentatives de pacification entre princes chrétiens. Innocent III (1198–1216), le promoteur de la Paix de Dieu et de la Trêve de Dieu. Benoît XV (1914–1922) et sa proposition de paix en 1917, appelant à une « paix juste et durable ». Pie XII (1939–1958), ses tentatives diplomatiques avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, ses messages de Noël centrés sur la paix.

Je souligne Jean XXIII dont l’encyclique de 1963, intitulée Pacem in Terris, marque un tournant majeur sur le sujet. Il enseigne que la paix est fondée sur la vérité, la justice, la liberté et l’amour. La guerre moderne, notamment nucléaire, devient moralement inacceptable. La promotion active de la paix est un devoir.

Les papes postérieurs au concile Vatican II (1962‑1965) ont élargi la compréhension de la paix : elle n’est pas seulement une absence de guerre; elle implique justice sociale, fraternité, développement intégral, respect de la dignité humaine. Les messages annuels pour la Journée mondiale de la paix (1er janvier) instaurée par Paul VI constituent une véritable encyclopédie de la paix. Le pape François a insisté sur la fraternité mondiale comme fondement de toute paix authentique.

Je mets en exergue le pape Léon XIII, dont Léon XIV s’est inspiré pour le choix de son nom, qui a écrit six encycliques qui traitaient de la paix fondée sur la justice, de la paix internationale, de la paix sociale, de la paix religieuse…

Je clos ce résumé d’une brièveté scandaleuse en m’inspirant du Compendium de la doctrine sociale de l’Église.

« L’échec de la paix, c’est la guerre, un fléau, une barbarie. Il devient humainement impossible de penser que la guerre soit, en notre ère atomique, le moyen adéquat pour obtenir justice ». La guerre, en définitive, est toujours une défaite de l'humanité. Doit toujours résonner dans notre monde le cri de Paul VI : « Jamais plus la guerre, jamais plus la guerre! ». (Discours à l'Assemblée générale des Nations Unies 4 octobre 1965) (Compendium 497ss.)

 « La promotion de la paix dans le monde fait partie intégrante de la mission par laquelle l'Église continue l'œuvre rédemptrice du Christ sur la terre. L'Église exhorte les personnes, les peuples, les États et les nations à participer à son souci de rétablir et de consolider la paix, en soulignant en particulier l'importante fonction du droit international. » (Compendium 516) 

Léon XIV se situe dans ce grand courant de la vie et de la mission du Peuple de Dieu. Il reçoit cet héritage et s’engage à le promouvoir dans le monde contemporain. Et il exhorte toute l’Église à s’y engager, tant par la prière que par des actions qui suscitent et soutiennent « une paix désarmée et désarmante, humble et persévérante [2]».  

† Roger Ébacher


[1] Compendium de la doctrine sociale de l'église, publié par le Conseil pontifical « Justice et Paix », le 29 juin 2004. Le onzième chapitre est entièrement consacré à la paix. Je me suis abondamment inspiré de ce texte.

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