Mgr Ébacher VIII - Léon XIV et la paix

Il faut prendre le temps de lire et de relire les premiers mots que le pape Léon XIV a adressés à son diocèse et au monde. « Que la paix soit avec vous tous! Très chers frères et sœurs, telle est la première salutation du Christ ressuscité, le Bon Pasteur qui a donné sa vie pour le troupeau de Dieu. Moi aussi, je voudrais que ce salut de paix entre dans votre cœur, atteigne vos familles, toutes les personnes, où qu'elles se trouvent, tous les peuples, toute la terre. Que la paix soit avec vous! C'est la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et désarmante, humble et persévérante. Elle vient de Dieu, Dieu qui nous aime tous inconditionnellement.[1] »

Léon XIV revient très souvent sur les qualités qui doivent caractériser cette paix à laquelle il demande à l’Église de travailler avec lui : « une paix désarmée et désarmante, humble et persévérante ». Que peuvent signifier pour le pape et pour nous ces quatre adjectifs? Quels appels, quels défis nous lancent-ils? Tentons quelques réponses.

« Une paix désarmée » n’est pas imposée par la supériorité militaire ou par la peur. Elle renonce à la violence comme moyen de se protéger. Ce qui la garantit, c’est la confiance dans l’autre et la coopération.

« Une paix désarmante » est une force morale. Elle touche l’autre, le surprend, le déstabilise dans ses réflexes agressifs. Elle fait tomber les défenses psychologiques, idéologiques ou émotionnelles. Cette paix devient une puissance qui transforme l’autre.

« Une paix humble » est réaliste et lucide. Elle ne prétend pas tout résoudre d’un coup. Elle se construit dans l’écoute de l’autre. C’est une paix qui ne cherche pas à triompher, à écraser, mais à relier.

 « Une paix persévérante » consiste en un travail, parfois même un combat, mais non violent. Persévérer, c’est continuer même quand l’autre ne répond pas, recommencer après les échecs, ne pas se laisser décourager par la lenteur des changements. C’est une paix qui avance pas à pas, avec patience et détermination.

Cette paix, « elle vient de Dieu, Dieu qui nous aime tous inconditionnellement ». Et le pape exprime son intense vœu : « Que ce salut de paix entre dans votre cœur, atteigne vos familles, toutes les personnes, où qu'elles se trouvent, tous les peuples, toute la terre. » Léon XIV nous invite tous et toutes à travailler pour instaurer cette paix dans nos milieux de vie, de travail, de loisirs, à tous les plans possibles de la société, de l’état, du monde.

Ce thème de la paix revient constamment dans les interventions de Léon XIV. Cette insistance révèle le grand souci du pape pour la paix dans un monde où le nombre de conflits armés actifs est très élevé et où ces conflits durent longtemps.

À l’issue de son premier Regina Coeli[2], le pape a lancé une très forte interpellation sur le même sujet : « Dans le dramatique contexte actuel d’une troisième guerre mondiale par morceaux, comme l’a affirmé à plusieurs reprises le Pape François, je m’adresse moi aussi aux grands du monde, en répétant l’appel toujours actuel : “Plus jamais la guerre!” » Cette demande insistante d’« une paix désarmée et désarmante, humble et persévérante » revient régulièrement dans la bouche du pape au Regina Coeli ou à l’Angelus.

Le 30 mai 2025, dans un important discours sur la paix aux membres des associations et mouvements populaires « Arène de Paix »[3], le pape se fait pédagogue, enseigne comment développer la paix. « La construction de la paix commence par le fait de se mettre du côté des victimes, en partageant leur point de vue. Cette perspective est essentielle pour désarmer les cœurs, les regards et les esprits, et dénoncer les injustices d’un système qui tue et qui se base sur la culture du rejet. […] Le chemin vers la paix demande des cœurs et des esprits entraînés et formés à l’attention envers l’autre et capables de reconnaître le bien commun dans le contexte actuel. La voie qui mène à la paix est communautaire. »

Un des buts du premier voyage international du pape Léon XIV fut de promouvoir la paix. Je retiens quelques mots de son discours à l’aéroport de Beyrouth : « Je vous étreins tous et vous souhaite la paix. Et je lance également un appel pressant : que cessent les attaques et les hostilités. Que personne ne croie plus que la lutte armée apporte quelque bénéfice que ce soit. Les armes tuent, tandis que la négociation, la médiation et le dialogue construisent. Choisissons tous la paix comme chemin, et pas seulement comme un objectif! »[4]

Dans son message pour le premier janvier 2026, journée mondiale pour la paix[5], le pape Léon XIV redit l’appel pressant en faveur de la paix lancé le soir même de son élection : « Et je tiens à le répéter : il s’agit de la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et une paix désarmante, humble et persévérante. Elle vient de Dieu, Dieu qui nous aime tous inconditionnellement. » Cet appel ne vaut pas seulement pour cette année, mais pour toute notre vie.

Dans le prochain document, je chercherai à montrer que Léon XIV, par son souci répété pour la paix, se situe dans une très ferme tradition enracinée dans l’Ancien Testament, affirmée et enrichie par Jésus et développée tout au long des cheminements historiques de l’Église.

† Roger Ébacher

[5] Message du Saint-Père pour la LIXe Journée de la Paix 2026 : « La paix soit avec vous tous. Vers une paix désarmée et désarmante » 

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