Mgr Ébacher VI - Aperçu des apports des encycliques sociales
En 1931, Pie XI publie Quadragesimo
Anno. Le sous-titre officiel affirme la raison d’être de ce document :
« Sur
la restauration de l’ordre social, en pleine conformité avec les préceptes de
l’Évangile, à l’occasion du quarantième anniversaire de l’Encyclique Rerum Novarum. » Et Pie XI ajoute : « Nous avons
jugé opportun de rappeler et de développer la doctrine sociale de l’Église,
afin de l’adapter aux conditions nouvelles de notre temps. » Le pape insiste
sur la justice, la charité, la subsidiarité, la collaboration organique entre
classes.
En 1961, Jean XXIII publie Mater et Magistra. Le pape promeut une mise à jour de la doctrine
sociale par rapport aux transformations économiques, sociales et technologiques
du monde moderne, afin d’orienter la vie sociale vers la justice, la solidarité
et le bien commun. Cette encyclique développe une vision plus globale et plus
sociale de la mission de l’Église dans le monde contemporain.
En 1963, Jean XXIII
affirme dans Pacem in Terris : « Nous
estimons qu’il est de Notre devoir de consacrer Notre attention et Notre
sollicitude à la paix entre tous les peuples. » Le texte établit les
fondements d’une paix véritable en s’appuyant sur la dignité humaine, les
droits et devoirs universels, la vérité, la justice, le dialogue, l’amour et la
liberté. Cette encyclique s’adresse « à tous les hommes de bonne volonté »,
pas seulement aux catholiques. C’est une nouveauté!
En 1965, le pape Paul VI et les Pères conciliaires ont signé
la Constitution pastorale sur l’Église
dans le monde de ce temps Gaudium
et Spes. L’Église y affirme son étroite solidarité avec l’ensemble de la
famille humaine. « Les joies et les espoirs, les tristesses et les
angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui
souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses
des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho
dans leur cœur. » (1) Ce document développe les thèmes fondamentaux de la
doctrine sociale : la dignité de la personne humaine qui est la mesure de
toute organisation sociale, économique et politique, le bien commun, la
solidarité, la justice sociale, la participation politique, la priorité aux
pauvres, la paix. La doctrine sociale devient mondiale : solidarité entre
peuples, justice internationale, développement. Ce texte est une source à
laquelle les papes reviennent régulièrement puiser.
En 1967, dans un contexte mondial marqué par les inégalités
et la décolonisation, Paul VI affirme dans Populorum
Progressio que le développement intégral « de tout l’homme et de tous
les hommes » est un impératif éthique universel. Ce développement est le
nouveau nom de la paix et il doit être fondé sur la justice, la solidarité et
la dignité humaine. Cette encyclique traite des inégalités entre nations, du
sous‑développement, du commerce international, de l’aide aux pays pauvres et de
la responsabilité morale des nations riches.
En 1971, Paul VI, dans Octogesima
Adveniens, affirme : « Il appartient aux communautés chrétiennes
d’analyser avec objectivité la situation propre de leur pays, d’en discerner
les exigences et d’y engager les transformations nécessaires. » Il
interpelle tous les chrétiens, et particulièrement les laïcs, à assumer une
responsabilité directe dans la transformation sociale et politique de leur
temps. Ce texte ne propose plus un modèle social unique, mais un cadre de
principes pour une action contextualisée.
En 1981, Jean-Paul II publie Laborem Exercens. « À l’occasion du quatre‑vingt‑dixième
anniversaire de Rerum Novarum, je
veux rappeler l’importance du travail humain et en approfondir le sens. » Il
place le travail humain au centre de la réflexion sociale. Le pape appelle à
réorganiser l’économie selon la justice, la solidarité et les droits des
travailleurs. Il défend la primauté de la personne sur le capital et la
dimension spirituelle du travail.
En 1987, Jean-Paul II publie Sollicitudo Rei Socialis. « Nous voulons, par la présente
encyclique, développer l’enseignement de Populorum
Progressio et attirer l’attention sur les nouveaux aspects de la question
sociale. » Il dénonce les structures de péché qui engendrent le sous‑développement
et en appelle à une solidarité authentique entre personnes, nations et blocs
internationaux pour promouvoir le développement intégral. Ce développement
n’est pas seulement économique, mais moral, culturel et spirituel.
En 1991, Jean-Paul II publie Centesimus Annus. « À l’occasion du centenaire de Rerum Novarum, Nous voulons réaffirmer
l’enseignement social de l’Église et en montrer l’actualité. » Le pape relit
la question sociale à la lumière des bouleversements de la fin du XXeᵉ siècle, notamment
la chute du communisme, afin de réaffirmer la dignité de la personne humaine,
la liberté authentique, la solidarité et le rôle moral de l’État et de la
société dans l’économie. Il rappelle que la liberté n’a de sens que si elle est
ordonnée à la vérité et au bien commun.
En 2009, Benoît XVI publie Caritas in Veritate. « J’écris
cette encyclique pour rappeler que la charité dans la vérité est la force
motrice du véritable développement de chaque personne et de l’humanité tout
entière. » Cette encyclique reprend l’héritage de Populorum Progressio et l’actualise face aux défis contemporains :
inégalités mondiales, écologie, technique, gouvernance internationale. Elle
insiste sur l’idée que sans vérité, la charité se vide, et que sans charité, la
vérité devient froide et oppressive. Cet équilibre structure toute sa vision du
développement intégral.
En 2015, François publie Laudato
Si’. « Face à la détérioration globale de l’environnement, je veux
m’adresser à chaque personne qui habite cette planète pour entrer en dialogue
avec tous au sujet de notre maison commune. » Le pape montre que les crises
environnementales, sociales et spirituelles sont en fait une seule et même
crise. Il demande à l’humanité de protéger la création, les pauvres et les
générations futures dans une démarche de justice et de solidarité. L’écologie devient
un thème central de la doctrine sociale de l’Église.
En 2022, François publie Fratelli
Tutti. « J’ai voulu recueillir dans cette encyclique des réflexions
sur la fraternité et l’amitié sociale. » Il dénonce les nationalismes
fermés, les inégalités et la culture du rejet. Il encourage le dialogue, les
relations internationales. Il en appelle à une paix fondée sur la justice, les
droits de la personne et le dialogue. Le pape relit les principes classiques
depuis Léon XIII : dignité humaine, bien commun, solidarité, subsidiarité,
destination universelle des biens, option préférentielle pour les pauvres, paix,
et ce dans un contexte marqué par la mondialisation, les fractures sociales et
les crises culturelles.
Quelles évolutions et richesses dans la doctrine sociale de
l’Église! Léon XIV se reconnaît l’héritier de ce trésor. Il affirme vouloir s’orienter
grâce à cette boussole dans les « choses nouvelles » de notre temps.
Que sera le thème de sa première encyclique sociale? Pourquoi ne pas risquer un
pari? Je gage sur les affirmations répétées de son souci devant l’intelligence
artificielle et ses développements fulgurants! On verra…
† Roger Ébacher
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