Mgr Ébacher V - Qu’est la doctrine sociale de l’Église ?

Le pape Jean-Paul II en a donné la formulation suivante : « En commençant par l'apport remarquable de Léon XIII, enrichi par les contributions successives du Magistère, s'est constitué un corps de doctrine actualisé qui s'articule à mesure que l'Église interprète les événements dans leur déroulement au cours de l'histoire à la lumière de l'ensemble de la Parole révélée par le Christ Jésus et avec l'assistance de l'Esprit Saint (cf Jn 14, 16.26; 16, 13-15). »[1]

La doctrine sociale est l’ensemble cohérent de principes moraux et de critères d’action que l’Église propose pour orienter la vie sociale, économique, politique et culturelle à la lumière de l’Évangile. Elle cherche à former les consciences, sans vouloir organiser la société à la place des acteurs politiques ou économiques.

Les principes clés de la doctrine sociale de l’Église sont :

1.      La dignité de la personne humaine. Cette dignité est inaliénable et fonde tous les droits et devoirs. La personne est au centre de la vie sociale, économique et politique.

 2.      L’égalité humaine. Tous les individus sont égaux en dignité, et la discrimination est incompatible avec le dessein de Dieu.

 3.      Le respect de la vie humaine. La vie humaine est sacrée de la conception à la mort naturelle, et doit être protégée.

 4.      Le bien commun. Ce principe défend la justice, la paix, la sécurité, l’accès aux biens essentiels, conditions permettant à chacun d’atteindre son plein développement. C’est là une responsabilité partagée par tous, en particulier par la communauté politique. L’Église enseigne que le bien commun exige de prioriser les besoins des pauvres et des opprimés.

 5.      La destination universelle des biens. Les biens de la terre sont destinés à tous. La propriété privée est légitime, mais subordonnée à cette destination universelle. Ce principe fonde aussi l’option préférentielle pour les pauvres.

 6.      La solidarité. Nous sommes responsables les uns des autres. Principe social et vertu morale, la solidarité appelle à la justice, au partage, à la coopération internationale.

 7.      La subsidiarité. Les décisions doivent être prises au niveau le plus proche des personnes concernées. Ce qui peut être fait au niveau local ne doit pas être pris en charge par un niveau supérieur. Ce principe concerne la protection des initiatives personnelles, familiales, associatives et communautaires. L’État intervient seulement lorsque les niveaux inférieurs ne peuvent agir.

 8.      Le droit d’association. La personne est sociale et la structure de la société influence la dignité humaine. La famille est centrale dans cette organisation.

 9.      La participation. Il est du droit et du devoir de chacun de participer à la société, en vue du bien commun, et ainsi de contribuer à la vie sociale, économique et politique. C’est le fondement de la démocratie authentique.

 10.  La gérance de la création. C’est un devoir moral, impliquant la protection de l'environnement et des ressources naturelles. Inscrit dans le livre de la Genèse, ce principe a été signalé par Jean-Paul II et très développé par le pape François.

 11.  La voie de la charité. La charité n’est pas seulement un sentiment, mais un principe structurant de l’action sociale. Elle donne sens et profondeur à tous les autres principes. Elle oriente vers une civilisation de l’amour.

Ces principes peuvent inspirer des actions concrètes et éclairer les choix des personnes dans leur engagement social. ​ En fait, ils peuvent servir de grille d’analyse pour n’importe quel problème social.

La doctrine sociale de l’Église est une boussole éthique pour construire une société plus humaine. Elle ne propose pas un modèle politique, mais des principes universels qui invitent chacun à agir avec justice, solidarité et responsabilité. Elle demeure une ressource précieuse pour affronter les défis contemporains : pauvreté, migrations, écologie, économie mondialisée, paix, intelligence artificielle, etc. Elle est évolutive. Elle s’enrichit au fur et à mesure que les chrétiens et chrétiennes ont à affronter de nouveaux défis pour apporter la lumière de l’Évangile dans le monde toujours en évolution[2].

† Roger Ébacher



[1] Jean-Paul II, Lettre encyclique sollicitudo rei socialis, 1.

[2] Cette note est très succincte! Pour approfondir la nature de la doctrine sociale de l’Église, on peut consulter le document fondamental rédigé par le Conseil Pontifical « Justice et Paix » et intitulé Compendium de la doctrine sociale de l’Église, Édifions de la CECC, 2005, paragraphes 60 à 208. 

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