Mgr Ébacher XIV - Léon XIV fut-il le premier pape à traite de l‘intelligence artificielle?
Commençons par un historique très succinct de l’intelligence artificielle.
En 1943, Warren McCulloch et Walter Pitts proposent le
premier modèle mathématique de neurone artificiel. En 1950, Alan Turing publie
un article où il se demande si une machine peut « penser ». En 1956, le
terme « Intelligence Artificielle » est officiellement créé. De 1958
à 1972, se développent différents programmes qui suscitent de grands espoirs.
À partir des années 1970, l’intelligence artificielle
traverse deux « hivers », marqués à la fois par une baisse des
financements et une hausse des attentes déçues. Mais elle retrouve une
visibilité mondiale en 1997 lorsque Deep Blue (IBM) bat le champion du monde
d’échecs Garry Kasparov. Puis, à compter de 2012, une nouvelle révolution
commence avec les progrès spectaculaires de l’apprentissage profond, ouvrant la
voie au développement massif de l’intelligence artificielle générative.
Ce n’est donc que dans les années 2010-2020 que
l’intelligence artificielle a des impacts importants sur presque tous les
aspects de la société : médecine, éducation, transports, art, industrie,
guerre, finances, etc. Par sa puissance et sa diffusion rapide, elle soulève
d’importantes questions sociales, culturelles et éthiques.
Jean‑Paul II (1978-2005) n’a pas traité de l’intelligence
artificielle, mais il s’est prononcé à plusieurs reprises sur les technologies
émergentes, l’informatique, la robotisation, les responsabilités éthiques liées
au progrès technique. Ses réflexions sur la dignité humaine, la liberté et
l’usage moral des machines constituent un cadre pertinent pour aborder les
défis posés par l’intelligence artificielle.
Benoît XVI (2005-2013), pour sa part, n’a rien écrit sur les
technologies d’apprentissage automatique, les algorithmes, ou sur les
implications éthiques de l’intelligence artificielle. Cependant, plusieurs de
ses écrits, homélies et discours abordent des thèmes connexes qui apportent un
éclairage aux questions que soulève aujourd’hui l’intelligence artificielle. Il
insiste sur la nécessité d’une raison ouverte à la transcendance. Il met en
garde contre une raison purement technicienne et instrumentale, détachée de la
dimension morale et spirituelle. Dans l’encyclique Caritas in Veritate (2009), il traite du rapport entre technologie,
développement humain et éthique. Il affirme que le progrès technologique doit
toujours être au service de la personne et de sa dignité inaliénable, et non
l’inverse. De plus, la technique « n’est jamais purement technique ».
La façon dont on l’utilise pose des questions morales.
Je conclus donc que ni Jean‑Paul ni Benoît XVI n’ont fait le
moindre discours sur l’intelligence artificielle. De plus, aucun document d’un
dicastère ou d’un office du Vatican n’a été publié sous leur pontificat à ce
sujet. Les premiers textes officiels du Vatican consacrés à l’intelligence
artificielle n’apparaissent qu’à partir de 2019, donc sous le pontificat du
pape François. Ce dernier publie lui-même quelques textes majeurs sur le sujet.
Dans le prochain document, je vous inviterai à scruter les prises de position de
ce pape sur ces sujets brûlants qui touchent tous les domaines de notre vie. Ce
pape ouvre ainsi un chantier dans lequel le pape Léon XIV s’engagera résolument.
† Roger Ébacher
Commentaires
Enregistrer un commentaire