Mgr Ébacher XIII - Léon XIV et l’intelligence artificielle (IA)

Dans son premier discours, adressé aux cardinaux[1], Léon XIV ne mentionne l’intelligence artificielle qu’une seule fois. Mais cette mention est très significative, car elle est placée dans un passage hautement symbolique : l’explication du choix de son nom. Il a fait ce choix « principalement parce que le Pape Léon XIII, avec l'encyclique historique Rerum Novarum, a abordé la question sociale dans le contexte de la première grande révolution industrielle; et aujourd'hui l'Église offre à tous son héritage de doctrine sociale pour répondre à une autre révolution industrielle et aux développements de l'intelligence artificielle, qui posent de nouveaux défis pour la défense de la dignité humaine, de la justice et du travail. »

Léon XIV affirme sa « pleine adhésion au chemin que l'Église universelle suit depuis des décennies dans le sillage du Concile Vatican II. » Il rappelle en particulier Gaudium et Spes. Il fait mémoire du pape François et de son engagement dans « un dialogue courageux et confiant avec le monde contemporain dans ses diverses composantes et réalités. »

Léon XIV place ainsi l’intelligence artificielle dans une perspective très large : celle d’un monde en transformation où l’Église doit discerner les signes des temps. L’intelligence artificielle n’est pas seulement une technologie : c’est un phénomène qui transforme profondément la société, comme l’a fait la machine industrielle au XIXᵉ siècle. Elle n’est pas seulement un défi technique ou social, c’est un lieu de discernement spirituel et missionnaire. L’intelligence artificielle appelle de la part de l’Église une réponse morale, spirituelle et sociale.

Avec Léon XIV, l’Église se positionne comme une voix morale dans un débat dominé par les ingénieurs, les entreprises et les états. L’Église veut jouer un rôle actif dans ce débat crucial qui vise à répondre aux défis que l’intelligence artificielle pose à l’humanité et à la création en notre temps. Elle ne prend pas une posture défensive, ne cherche pas à condamner. Elle veut dialoguer, discerner, orienter, guider. Ce sera sans doute un travail doctrinal de longue haleine, comparable à celui qui a suivi Rerum Novarum.

Léon XIV est déjà bien engagé dans cet important travail. Un bref sondage dans ses discours, ses homélies, ses divers enseignements occasionnels montre qu’il enseigne et exhorte régulièrement au sujet de l’intelligence artificielle, de ses bienfaits, de ses dangers, des défis qu’elle nous oblige à affronter. Ces interpellations sont adressées à des jeunes, des ingénieurs, des médecins, des prêtres, des communicateurs, aux gardes suisses, aux évêques de l’Italie, et aussi à ceux de l’Europe, aux mouvements populaires… Dans des documents postérieurs, j’analyserai ces prises de position du pape.

Mais Léon XIV est-il le premier pape à se soucier de l’intelligence artificielle et à intervenir publiquement à ce sujet? Je chercherai la réponse dans mon prochain document.

† Roger Ébacher



[1] Discours du Saint-Père au Collège Cardinalice (10 mai 2025) 

Commentaires