Mgr Ébacher XXXIII - Léon XIV, les jeunes et l’IA

Dès le début de son pontificat, Léon XIV a manifesté son souci pour la dignité des enfants et des jeunes en cette ère du numérique et de l’intelligence artificielle. Le 20 juin 2025[1], dans un discours à des dirigeants d’entreprises, des décideurs politiques, des universitaires, et des juristes, il a lancé un avertissement concernant les potentielles conséquences de l’intelligence artificielle sur le développement intellectuel des jeunes. « L’accès à des données — bien qu’extensives — ne doit pas être confondue avec l’intelligence, qui implique nécessairement “l’ouverture de la personne aux questions ultimes de la vie et reflète une orientation vers le Vrai et le Bien” (Antiqua et Nova, n. 29). » Léon XIV exprime son espoir que toute décision sur l'IA soit prise dans le contexte d'un nécessaire « apprentissage intergénérationnel », aidant les jeunes à intégrer la vérité dans leur « vie morale et spirituelle ».

Le 13 novembre 2025, le pape a donné un discours à un congrès traitant de « la dignité des enfants et des adolescents à l’ère de l’intelligence artificielle »[2]. Il affirme d’amblée : « L’intelligence artificielle transforme de nombreux aspects de notre vie quotidienne, y compris l’éducation, les divertissements et la sécurité des mineurs. Son utilisation soulève d’importantes questions éthiques, en particulier en ce qui concerne la protection de la dignité et du bien-être des mineurs. »

Il explique : « Les enfants et les adolescents sont particulièrement vulnérables à la manipulation à travers les algorithmes de l’IA qui peuvent influencer leurs décisions et leurs préférences. Il est essentiel que les parents et les éducateurs prennent conscience de ces dynamiques, et que des instruments soient développés pour contrôler et guider l’interaction des jeunes avec la technologie. »

Il rappelle aux gouvernements et aux organisations internationales leurs responsabilités qui consistent à « concevoir et de mettre en œuvre des politiques qui protègent la dignité des mineurs à l’ère de l’intelligence artificielle. » Mais, en fait, tous les adultes sont appelés à redécouvrir leur vocation d’« artisans de l’éducation » et à s’efforcer d’y être fidèles. « Ce processus implique de comprendre les risques que l’utilisation de l’IA et l’accès numérique précoce, illimité et non contrôlé peut poser aux relations et au développement des jeunes. […] Ce n’est qu’en adoptant une approche éducative, éthique et responsable qu’il sera possible de garantir que l’intelligence artificielle représente un allié, et non une menace, dans la croissance et le développement des enfants et des adolescents. »

Le 5 décembre 2025, Léon XIV s’adressait aux participants à un congrès sur « intelligence artificielle et sauvegarde de la maison commune »[3]. Le pape constate que l’avènement de l’intelligence artificielle « s’accompagne d’un changement rapide et profond de la société, qui touche des caractères essentiels de la personne humaine, tels que la pensée critique, la capacité de discernement, l’apprentissage et la sphère des relations interpersonnelles. »

Léon XIV élabore brièvement sur : « Que signifie être humains à notre époque? ». Puis il atteste avec émotion son souci pour les jeunes. « Il est important ici de nous arrêter sur une préoccupation qui doit toucher notre cœur : la liberté et la spiritualité de nos enfants et de nos jeunes, avec les possibles conséquences de la technologie sur le développement intellectuel et neurologique. Il faut aider et non entraver les nouvelles générations sur leur chemin vers la maturité et la responsabilité. Le bien-être de la société dépend du fait qu’on leur donne la capacité de développer leurs talents et de répondre aux exigences de l’époque et aux besoins des autres avec un esprit libre et généreux. La possibilité d’accéder à de grandes quantités de données et de connaissances ne doit pas être confondue avec la capacité à en tirer une signification et une valeur. Cette dernière exige également la disponibilité à se confronter avec le mystère et les questions ultimes de notre existence, des réalités souvent marginalisées et même ridiculisées par les modèles culturels et de développement dominants. C’est pourquoi il sera fondamental de permettre aux jeunes d’apprendre à utiliser ces instruments avec leur intelligence personnelle, en s’assurant qu’ils soient ouverts à la recherche de la vérité, à une vie spirituelle et fraternelle, et qu’ils élargissent leurs rêves et l’horizon de leurs décisions mûres. »

Et le pape répète un appel à tous qu’il a déjà fait entendre plusieurs fois, mais sur lequel il insiste à nouveau. « Pour édifier avec nos jeunes un avenir qui, notamment à travers le potentiel de l’intelligence artificielle, réalise le bien commun, il est nécessaire de retrouver et de renforcer leur confiance dans la capacité humaine à déterminer l’évolution de ces technologies : une confiance qui est aujourd’hui toujours plus minée par l’idée paralysante que son développement suit un parcours inéluctable. Dans ce but, une action coordonnée et commune est nécessaire, impliquant la politique, les institutions, les entreprises, la finance, l’éducation, la communication, les citoyens et les communautés religieuses. Tous ces acteurs sont appelés à accomplir un engagement commun en assumant cette responsabilité partagée. [...] Ce n’est qu’à travers une vaste participation, en donnant la possibilité à toutes les voix, même aux plus humbles, d’être écoutées avec respect qu’il sera possible de réaliser ces objectifs ambitieux. »

Je relève enfin, entre beaucoup d’autres messages sur le même sujet, celui du 12 avril 2026[4], adressé à l’Université catholique du Sacré-Cœur et signé, à la demande du pape, par le cardinal Parolin. « Les processus de connaissance ne peuvent pas être réduits à la production d’algorithmes de plus en plus puissants, mais, au contraire, exigent un niveau adéquat de responsabilité humaine et d’évaluation éthique. […] En tant que catholiques, nous pouvons et devons apporter notre contribution, afin que les gens – en particulier les jeunes – acquièrent la capacité de pensée critique et grandissent dans la liberté d’esprit ».

Dans son discours à la communauté universitaire de la Sapienza — Université de Rome, au Corps professoral et aux étudiants[5], Léon XIV affirme aux jeunes avec tendresse et fermeté : « Nous sommes un désir, pas un algorithme! »[6]

† Roger Ébacher

[6] Ce document est particulièrement riche. « À vous, les jeunes, ce mal-être pose la question : “Qui es-tu?” » Beau développement sur leur inquiétude, etc. Il faut ajouter la référence au ch. 4 de Magnifica Humanitas Voir aussi son discours de présentation de l’encyclique, du 25 mai 2026, dans lequel le pape affirme avoir écouté « des parents et des enseignants profondément préoccupés pour l’avenir des jeunes générations».  Il souligne la nécessité d’un discernement éducatif face à l’IA. 

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