Mgr Ébacher - L’Église une et synodale

Le pape Léon XIV a voulu comme devise une parole de saint Augustin : « In Illo uno unum », qui se traduit : « En Celui qui est Un, nous sommes un. », ou encore : « En Celui qui est Un, soyons un »[1]. C’est une ferme invitation à l’unité qui ne vient pas d’efforts humains ou d’un consensus fragile, mais d’une communion spirituelle profonde avec le Christ. Cette unité n'est pas d'abord organisationnelle, mais spirituelle. Nous avons là une clé de lecture de l’enseignement du pape actuel sur l'Église.

Dès ses premiers mots comme évêque de Rome, Léon XIV interpelle fermement : « À vous tous, frères et sœurs de Rome, d'Italie, du monde entier, nous voulons être une Église synodale, une Église qui marche, une Église qui recherche toujours la paix, qui recherche toujours la charité, qui cherche toujours à être proche, en particulier de ceux qui souffrent. »[2] C’est tout un programme : la synodalité, la communion ecclésiale, la réconciliation des divisions, la coopération des charismes en vue d’une mission commune.

Il est revenu sur ce sujet lors de l’homélie de la messe pour l’inauguration de son pontificat[3]. « Comme l’affirme saint Augustin : “L’Église est constituée de tous ceux qui sont en accord avec leurs frères et qui aiment leur prochain” (Discours 359, 9). Cela frères et sœurs, je voudrais que ce soit notre premier grand désir : une Église unie, signe d’unité et de communion, qui devienne ferment pour un monde réconcilié. » En résumé, « nous voulons être [...] un petit levain d'unité, de communion, de fraternité. »

Un autre texte majeur est le discours du 19 septembre 2025 à l’ouverture de la nouvelle année pastorale du diocèse de Rome[4]. Léon XIV rappelle le processus synodal où « l’Esprit a suscité l’espérance d’un renouveau ecclésial, capable de revitaliser les communautés, afin qu’elles grandissent dans le style évangélique, dans la proximité avec Dieu et dans la présence de service et de témoignage dans le monde. Après une longue période d’écoute et de débat, le fruit du chemin synodal a été avant tout un encouragement à valoriser les ministères et les charismes, en puisant à la vocation baptismale, en mettant au centre la relation avec le Christ et l’accueil des frères, à partir des plus pauvres, en partageant leurs joies et leurs peines, leurs espérances et leurs difficultés. » La synodalité est présentée comme un chemin de revitaliser les communautés afin qu'elles deviennent davantage témoins de l'Évangile dans le monde.

Dans sa lettre apostolique du 8 décembre 2025, intitulée Une fidélité qui engendre l’avenir[5], Léon XIV développe le thème de l’Église signe et instrument d'unité. Il insiste sur la communion entre prêtres et fidèles avant de rappeler que tout disciple est missionnaire. Le message du 25 janvier 2026 pour la 100e Journée mondiale des missions[6] insiste sur la communion trinitaire, l’unité spirituelle et fraternelle, la réconciliation, le dépassement des polarisations et montre que la communion est source et fruit de la mission. « C’est dans le témoignage d’une communauté réconciliée, fraternelle et solidaire que l’annonce de l’Évangile trouve toute sa force communicative. »

Le texte du pape du 26 juin 2026 pour l’ouverture du consistoire extraordinaire est le message sans doute le plus élaboré sur la synodalité. Il y traite de la communion comme conversion quotidienne, confiance mutuelle, écoute, coopération des charismes, fraternité universelle. « La communion n’est jamais un résultat acquis une fois pour toutes : elle reste une conversion quotidienne, qui prend forme dans la prière et à travers des attitudes concrètes, des relations de confiance et la disponibilité à s’écouter mutuellement. »

Le message vidéo de Léon XIV du 12 août 2026 aux participantes de l’Assemblée de la Leadership Conference of Women Religious est très instructif. « Tous les chrétiens sont appelés à édifier la communion du Christ, qui prend forme dans une Église synodale où chacun coopère à la même mission selon son propre charisme et ministère. De façon particulière, les personnes consacrées sont appelées à devenir des experts de synodalité en raison des opportunités qu’offre la vie en communauté de la pratiquer, et de la façon même dont vos Congrégations sont organisées. J’ai donc été heureux d’apprendre que les travaux de l’assemblée incluront une méthode synodale d’écoute, de discussion et de discernement, ainsi qu’une ouverture et une disponibilité à comprendre ce que les autres disent. »[7] Le pape y insiste sur la nécessité de travailler ensemble, de s’écouter mutuellement, de construire la confiance, de coopérer, en somme de vivre concrètement la communion dans une Église synodale et en vue d’une mission commune.

Ces textes, entre beaucoup d’autres qui ne sont pas signalés ici, permettent d’affirmer avec sécurité que Léon XIV a accueilli avec enthousiasme l’héritage du pape François sur la synodalité et s’est engagé à le promouvoir dans toute l’Église[8]. Il s’agit bien d’un  thème majeur et récurrent de ce pontificat, de l'unité interne de l’Église catholique : communion, synodalité, fraternité, écoute, réconciliation, coopération des charismes, ministères et vocations, unité entre les Églises particulières, toujours en vue de la mission.

† Roger Ébacher



[8] Rappelons que le pape François a apporté à l'Église universelle une pratique du discernement communautaire et de la participation qui s'était particulièrement développée dans l'expérience latino-américaine, tout en la reliant à la tradition ecclésiale plus ancienne. Et Léon XIV, missionnaire puis évêque au Pérou, y a exercé son ministère pendant plusieurs décennies au sein d'une Église péruvienne profondément influencée par Medellín, Puebla et Aparecida.

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