jeudi 17 août 2017

Homélie de Mgr Durocher au Cap-de-la-Madeleine - Partie I



Une analogie pour comprendre 
les grandes religions

Imaginons le monde comme une maison où les habitants vivent dans l’obscurité totale et perpétuelle : pas de fenêtres ou de portes qui s’ouvrent sur l’extérieur, pas de chandelles, de feu ou de lampes pour éclairer les pièces. Tout le monde est comme aveugle.

Ils apprennent à se débrouiller dans cette situation. Ils savent où sont les meubles, les marches, les diverses pièces. Ils peuvent se déplacer sans trop se heurter. Ils parlent ensemble, en particulier de la chaleur très forte qu’ils ressentent parfois… ou qu’ils ne ressentent pas, alors qu’ils gèlent de froid. Ils ne comprennent ni la fluctuation des saisons ni celle des jours. Ils ne savent pas qu’un soleil peut réchauffer la maison… ou se cacher durant les temps de pluie et de ténèbres. Alors, ils discutent. Chacun développe sa théorie, et des groupes se forment pour ou contre telle idée.

C’est comme ça, les diverses religions du monde. Tous ressentent une présence divine, mais on n’arrive pas à s’entendre sur sa nature, son essence, son influence. Tous les peuples de la terre ressentent l’amour chaleureux de Dieu, au moins de temps en temps. Toutes les religions rassemblent à des hommes et des femmes qui veulent continuellement vivre dans cette chaleur et qui cherchent le moyen de le faire. En ce sens, les diverses religions sont des chemins que les humains se tracent, à la recherche du Dieu unique.

Imaginons que dans notre maison, quelqu’un perce un trou dans le mur d’une des chambres, comme une fenêtre qui s’ouvre sur le monde. Tout à coup, la lumière pénètre dans la pièce. Imaginons l’impact de cette lumière dans la vie de ceux qui habitent cette pièce. Tout d’un coup, ils voient ! Ils voient leur environnement, ils se voient les uns les autres, ils se voient eux-mêmes. Ils sont éblouis par la beauté de formes, par la richesse des couleurs, par les nuances d’intensité lumineuse. Ils sont étonnés de découvrir le soleil, et de découvrir qu’il est source non seulement de la lumière qui leur permet de voir, mais aussi de la chaleur qui les réchauffe et les fait vivre.

Ce trou percé dans le mur du monde, c’est Jésus de Nazareth. Sa venue dans le monde crée une fenêtre par laquelle la divinité descend à notre niveau et prend chair. Qui le voit voit Dieu. Qui le suit vient à la lumière. Et en découvrant la lumière, on découvre la source de la chaleur qui nous fait vivre. La conviction des chrétiens et des chrétiennes est que Dieu lui-même a choisi de se faire connaître ainsi en envoyant son Fils unique. Ça ne veut pas dire que seuls les chrétiens et les chrétiennes peuvent faire l’expérience de l’amour chaleureux de Dieu. Cette chaleur est offerte à tous les humains. Mais les chrétiens et les chrétiennes ont la chance de connaître la source de cette chaleur et de voir et de comprendre cette source et le monde à sa lumière.

Évidemment, les gens qui vivent dans cette pièce ne garderont pas pour eux-mêmes cette nouveauté. Ils vont dans les autres pièces leur dire qu’ils ont découvert la lumière. Ils les invitent à se joindre à eux, à les rejoindre dans la pièce au mur percé. Certains sont intrigués, même excités, et décident de venir voir. Mais beaucoup sont sceptiques. Ils se demandent ce qu’on veut dire par les mots lumière et soleil. Ils ne veulent pas se faire berner. Ils refusent de venir voir et préfèrent demeurer dans la pièce qu’ils connaissent bien avec les leurs.

Voilà ce que ça veut dire, évangéliser. C’est aller à la rencontre de l’autre, non pas pour leur apporter l’amour chaleureux de Dieu : ça, ils le connaissent déjà. Mais nous voulons leur dire que nous connaissons la source de cette chaleur, que nous avons découvert une lumière qui permet de voir le monde en couleur, dans toute sa beauté. Nous voulons leur partager notre joie, nous voulons qu’eux aussi puissent connaître cette joie.

Comme Marie à Nazareth accueille l’annonce de l’ange et part partager sa joie avec Elizabeth, accueillons la lumière du Christ dans nos vies et partageons cette Bonne Nouvelle avec nos voisins.

lundi 14 août 2017

Homélie de Mgr Ébacher à la messe d'accueil des canoëistes autochtones et jésuites



Pagayeurs et pagayeuses


Nous sommes heureux de vous accueillir dans cette rencontre qui se situe dans votre grand pèlerinage de trois semaines sous le signe de la réconciliation. Welcome pilgrims! You have undertaken a trying journey of reconciliation and healing. We join you in this celebration of unity and prayer. Votre entreprise se veut non seulement un écho, mais une réponse concrète, à l’appel à agir lancé par la Commission de vérité et réconciliation.


Un membre de cette commission nationale a déclaré : « La réconciliation, c’est une question de formation et de maintien de relations respectueuses. Il n’y a pas de raccourci. » Votre démarche est éducative pour nous qui vous accueillons. Vous mettez sous nos yeux une façon de se former, de s’éduquer à des relations respectueuses et confiantes dans le dialogue, le respect et même l’amitié. Votre pèlerinage se présente comme un pas dans ce cheminement vers une compréhension mutuelle habitée par la valorisation de l’autre et de ses richesses culturelles et spirituelles.




Les Paroles bibliques que nous venons d’écouter nous invitent à creuser en nous-mêmes pour découvrir la source qui y jaillit et nous pousse à l’accueil, au pardon, à la réconciliation. C’est l’Esprit de Dieu.


L’Esprit divin, s’il est accueilli, transforme les cœurs, les inonde de l’amour de Dieu qui comme un puissant tsunami renverse les haines et les mépris. Il rend capable d’aimer avec bonté, tendresse, patience. Cet Esprit est comme le Souffle, le vent divin qui nous fait expérimenter une tendresse immense. Et nous devenons capables de tendresse pour les autres. Il est alors possible de communiquer d’une façon créative, d’échanger nos peines, nos blessures, nos espoirs, nos joies. Ce souffle intérieur nous fait dépasser les dialogues de sourds qui détruisent au lien de bâtir la solidarité.


Your pilgrimage is an endeavour, in fact an invitation to experience actions, often very small, that bring us closer to each other, make us more human. You are a small community of persons of different language, culture, sensitivities, religion, and you show us that we must put our gifts and varied talents at the service of all, in unity and cohesion. Il faut ensemble détruire les murs et bâtir des ponts avec patience et toujours avec foi en l’autre.


Votre entreprise semble bien petite, face aux énormes défis mis en lumière par la Commission nationale de vérité et réconciliation! Elle est comme une toute petite graine semée dans notre monde, mais qui annonce le bon fruit d’une humanité réconciliée et pacifiée. Elle est comme une pincée de levain enfouie dans la mémoire de nos cœurs pour les transformer en relations pacifiées. Oui, votre pèlerinage est ce petit grain, ce levain. Petit mais porteur d’une grande espérance. Votre pèlerinage nous indique un chemin de libération de nos cœurs de tout racisme, haine et mépris.


Notre foi chrétienne nous assure que Jésus est mort « pour réunir dans l'unité les enfants de Dieu qui sont dispersés. » Et aujourd’hui, nous sommes invités à œuvrer à ce tissage quotidien d’une humanité réconciliée, libérée de ce qui pollue les cœurs, les relations humaines, les groupes. Durant cette eucharistie, portons ces intentions dans nos prières. Amen.

† Roger Ébacher

Archevêque émérite de Gatineau

Gatineau, le 9 août 2017

mardi 31 janvier 2017

Marche en solidarité avec la communauté musulmane

Comme beaucoup de Canadiens, hier soir, j’ai participé à une vigile en solidarité avec les Musulmans de Québec qui ont perdu six des leurs lors d’une attaque sur leur Centre Culturel Islamique.  Et je n’étais pas seul.
En effet, quand je suis arrivé au sous-sol de la Cathédrale St-Joseph, il y avait plus d’une centaine de personnes présentes, incluant un bon nombre de Musulmans, en plus de quelques politiciens municipaux, provinciaux, et fédéraux.  Et pour réchauffer les gens, (la soirée était assez froide), du café, du thé, et des biscuits.
Juste après 18h 30, l’abbé Michel Lacroix débuta la soirée en invitant deux membres du Collectif Islamo-Chrétien à présenter le sens de la marche.  Ensuite, divers représentants civils ont pris la parole : Greg Fergus, député de Hull au Parlement canadien; Maryse Gaudreault, députée de Hull à l’Assemblée Nationale; Maxime Pedneault-Jobin, maire de Gatineau; et Stéphanie Vallée, ministre de la justice du gouvernement québécois.
Mgr Paul-André Durocher raconta comment il venait d’assister l’avant-veille au ‘Dialogue des Carmélites’ de Francis Poulenc, œuvre qui raconte l’histoire des seize religieuses françaises guillotinées sous Robespierre en 1794 pour avoir refusé de quitter leur couvent.  Il parla du lien entre la persécution religieuse du passé et celle qui sévit encore aujourd’hui. Le groupe visé a changé, mais c'est la même intolérance qui lève sa tête. Pourtant, nous pouvons continuer à espérer à cause de la solidarité humaine et de notre foi en Dieu. Il proclama quelques versets du psaume 84 – « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent, » – avant d’observer un moment de silence en mémoire des victimes de l’attentat.
Le dernier à parler fut Ahmed Limame, imam de la mosquée de Hull, qui nous invita à lutter contre l’islamophobie et à dénoncer les gestes inacceptables.  Il exprima sa grande reconnaissance pour les nombreux gestes de solidarité qui avaient été posés durant la journée.
Enfin, l’abbé Lacroix invita tous les gens à marcher jusqu’au Centre Islamique de l’Outaouais.  Après un délai de quelques minutes, afin d’assurer une escorte policière pour les marcheurs, la marche débuta.  Dix minutes plus tard, nous étions rendus au Centre Islamique, où on nous accueillit avec chaleur, des beignets et du café, la boisson universelle.
Avec la fin de la séance de prières dans la mosquée, les marcheurs furent invités à s’asseoir pour une autre série de discours par les représentants locaux.  Après un vœu final pour la coopération entre les deux communautés de la part de l’imam Limame, la vigile se termina et les gens retournèrent chez eux.
Une seule vigile n’accomplit pas grand-chose.  Mais peut-être que les nombreuses vigiles tenues partout au Canada pourront animer un mouvement de paix et de respect parmi tous les citoyens et citoyennes, qu’importe leur religion.
Neven Humphrey