vendredi 17 novembre 2017

Mgr Adolphe Proulx – vers une société juste et solidaire

En préparation à la Première Journée mondiale des pauvres, le 19 novembre 2017,  nous présentons un texte en trois partis sur Mgr Adolphe Proulx,  le deuxième évêque du diocèse de Hull (maintenant l’Archidiocèse de Gatineau), et un homme engagé sur les questions de justice sociale. Voici le deuxième de trois extraits : Mgr Adolphe Proulx – vers une société juste et solidaire.


Qu’est-ce qu’une société juste et solidaire pour Mgr Proulx?  C’est d’abord une société qui repose sur le principe du respect de la dignité de la personne dans son intégralité. Mgr Proulx tirait la substance de ses interventions publiques d’une vision très nette de ce que devrait être une société qui accorde aux personnes la première place. Dans cette perspective, il se situe en droite ligne avec la doctrine sociale de l’Église qui place parmi ses principes de base la solidarité avec les démunis et les sans-voix et le respect de la dignité de la personne humaine dans toutes ses dimensions, personnelle, sociale et économique (COM, no. 82, p. 45). C’est pourquoi il s’est intéressé avec tant d’insistance aux personnes âgées et aux personnes malades, aux jeunes, à toutes les victimes des crises économiques, aux réfugiés, aux familles et aux femmes en particulier.

En ce sens, on peut dire de lui qu’il est un humaniste chrétien intégral et solidaire, qualificatif que l’on utilise aussi pour décrire la doctrine sociale de l’Église. “Quand nous parlons de libération, nous voulons embrasser toute la personne et tous les aspects qui peuvent l’aider à grandir et à s’épanouir”, écrit-il en 1985. (VSV, p. 162). Cette vision, il l’emprunte à ce qu’il appelle “notre héritage chrétien” (VSV, p. 162).

Héritage que l’on peut d’abord identifier par ses sources scripturaires, tant dans la Première Alliance que dans la Nouvelle. Dans ses écrits sur le sujet et en raison de sa fine connaissance des Livres saints, Mgr Proulx se révèle plus d’une fois comme un commentateur aussi érudit que sage. 

“Si Dieu veut la vie, il veut les conditions nécessaires à la vie”. Mgr Proulx en appelle à la mission prophétique telle qu’exprimée maintes fois dans l’Ancien Testament pour appuyer ses prises de position (VSV, p. 154).

Pour ce qui est de la Nouvelle Alliance, Mgr Proulx explique ce qu’il faut comprendre par l’expression “la vie en abondance”. “Parce qu’il est venu accomplir les promesses annoncées, Jésus se devait de proclamer l’arrivée des temps nouveaux dans des termes de “plus” lui aussi. “Il est venu pour la vie” comme le dit un chant populaire dans des groupes chrétiens. En Jean 10, Jésus se compare au Bon Pasteur qui est venu pour que ses brebis aient la vie et l’aient en abondance” (VSV, p. 155).

Il cite évidemment Matthieu 25, 31-46, pour faire voir comment Jésus s’est identifié aux pauvres. Son interprétation du texte est fort judicieuse lorsqu’elle insiste sur le verbe “faire” et non pas sur le pauvre en tant que “ré-incarnation” de Jésus.


Il met de l’avant une conception de l’Église servante et pauvre au service des plus pauvres. Ses écrits (voir VSV, p. 157) ne vont pas sans rappeler le Père Congar qui publiait dans les années 1960 son opuscule “Pour une Église servante et pauvre” et plus près de nous, le pape François qui, dans “La Joie de l’Évangile”, nous parle d’une Église pèlerine, d’une Église en sortie.

 “C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le désir qui s’est fait de plus en plus pressant, ces dernières années, de voir l’Église devenir davantage “servante et pauvre”: on la veut pauvre non pas parce que la pauvreté ou la misère est une bonne chose en soi, on la veut pauvre afin qu’elle soit plus libre, plus détachée, plus capable de porter une attention toute particulière aux plus démunis de la communauté, comme Jésus le demande” (VSV, pp. 157-58).


-->
Il s’intéressait à toutes les victimes, sans oublier celles des sociétés oppressives et marquées par l’injustice sociale à l’interne et dans les rapports sociaux et économiques internationaux.  Par exemple, le Salvador, pays qui a fait l’objet d’une grande sollicitude de sa part et sur lequel il s’est prononcé à plusieurs reprises afin de défendre son peuple alors opprimé sous le couvert de l’idéologie de la sécurité nationale. Fidèle au magistère social de l’Église, il conçoit la paix comme une conséquence de la justice à l’intérieur et entre les nations.

19 novembre: Journée mondiale des pauvres - Partie 2

(Ce billet est le deuxième de deux parties) 

À la lecture du message du pape François, je ne peux m’empêcher de faire le lien avec le livre de Mgr Ébacher paru récemment : «Il nous aima jusqu’au bout». Ce «roman d’amour» comme il aime lui-même le qualifier couvre quatre chapitres de l’Évangile selon Saint-Jean, les chapitres 13 à 17 soit le testament de Jésus; il est donc normal que les textes sur l’amour de Dieu et du prochain se recoupent. 

« La vie évangélique, c’est de suivre Jésus, et comme lui se mettre au service des autres. »p.26  nous dit Mgr Ébacher. Citant le grand commandement : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés et «À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples si vous avez de l’amour les uns pour les autres »,  Mgr Ébacher ajoute à la page 48 «Le disciple accueille dans la foi cet ordre d’aimer en inventant au quotidien des façons de donner sa vie pour les autres en particulier en faveur des plus petits et des plus marginalisés.» Il va même jusqu’à dire : « Il n’y a pas de célébration eucharistique vraie sans la pratique d’un amour effectif qui exige justice, charité, miséricorde, pardon. L’ordre de manger le pain et l’ordre de vivre la charité sont inséparables ».p.32

Tout en demeurant attentive aux gestes à poser, je choisis de me joindre à l’intention mensuelle de prière  de novembre de l’évêque : «Prions pour les pauvres aux multiples visages qui se trouvent sur nos routes quotidiennes afin de nous sensibiliser à la misère humaine et que, comme Jésus,  nous cherchions à les approcher pour leur tendre une main et/ou les aider à retrouver leur dignité. »
Je choisis  aussi de rendre grâce pour tous ces groupes et organismes communautaires qui investissent temps et énergie pour nourrir, vêtir, loger et défendre les droits des pauvres. Je choisis de rendre grâce pour toutes ces personnes qui se sont mises ensemble pour sauver la Maison d’accueil Mutchmore.
 Je choisis de rendre grâce pour les maîtres spirituels de tous les temps : les apôtres qui ont continué  l’œuvre  de Jésus puis « ces hommes et les femmes  qui, de diverses manières, ont offert leur vie au service des pauvres » : Saint-François d’Assise et toute la famille franciscaine, Sainte Marguerite d’Youville  et ses filles, Madeleine Delbrel et son indivisible amour,  pour n’en citer que quelques-uns.

Je choisis de rendre grâce pour Mgr Adolphe Proulx et son option préférentielle pour les pauvres. Je choisis de rendre grâce pour Laetitia Clairet et Mario Dion qui, par leur PORTRAIT PARTIEL DE L’ENGAGEMENT SOCIAL DES COMMUNAUTÉS PAROISSIALES du Diocèse de Gatineau, nous ont tracé tout un chemin de lutte à la pauvreté.

Le pape invite tous les hommes et femmes de bonne volonté, chrétiens et autres confessions, à avoir «le regard fixé sur les pauvres», à leur tendre la main, à rester avec eux, à s’ouvrir au partage. Il souhaite que les communautés chrétiennes deviennent toujours davantage signe concret de la charité pour les derniers et ceux qui sont le plus dans le besoin.» Les pauvres sont nos frères. «Dieu a créé le ciel et la terre pour tous.» Dans notre diocèse, à la demande du Saint-Père, faisons concrètement de cette journée du 19 novembre, une journée « de solidarité, de rencontre, de prière et d’aide concrète vis-à-vis des personnes fragiles ». Invitons une personne dite «pauvre» à notre table. Récitons le Notre Père et la prière pour les pauvres  du pape François.   

jeudi 16 novembre 2017

19 novembre: Journée mondiale des pauvres - Partie 1

(Ce billet est le premier de deux parties) 

«N’aimons pas en paroles, mais par des actes », tel sera le thème de la journée mondiale des pauvres décrétée par le pape François  pour le 19 novembre. Nous ne pouvions imaginer meilleur thème pour poursuivre l’invitation faite aux chrétiens-es de participer aux œuvres corporelles et spirituelles suite à l’année de la miséricorde. Inspiré de la première épître de Saint-Jean(3,18), le Saint-Père, dans son message  du 13 juin 2017, nous presse de nous intéresser à la personne pauvre elle-même.  Oui, bien sûr, on peut facilement parler de pauvreté, apporter toutes sortes de statistiques la concernant, mais de la personne pauvre qui vit près de  chez-nous, que savons-nous ? Ce message du pape m’interpelle et suscite en moi bien des réflexions et des réactions. J’ose en partager quelques-unes avec vous.

Le  premier questionnement  qui me vient à l’esprit  est celui qui touche  les différentes formes  de pauvreté ; d’abord la pauvreté matérielle : A-t-elle du pain sur la table? A-t-elle des vêtements assez chauds pour affronter notre climat hivernal? A-t-elle un logis convenable? Quel est son état de santé physique  et/ou psychologique? Je me soucie ensuite de son isolement soit de sa pauvreté sociale : Y a-t-il quelqu’un qui vient la voir? Peut-elle compter sur le support de parents, d’amis? A-t-elle du travail ? Si oui, quelles sont ses conditions de travail? A-t-elle la responsabilité d’enfants, de parents aînés? Est-elle retraitée? La fréquentation d’une cuisine collective, d’une maison de quartier lui serait-elle profitable? A-t-elle accès à un moyen de transport pour les différents services dont elle a besoin? Quels loisirs lui sont accessibles?

Puis-je faire quelque chose pour elle? À qui pourrai-je la référer si je ne peux l’aider? Que sais-je de la cartographie de la faim? La soupe populaire a des soucis; Vallée Jeunesse est menacée de fermer.  Quelles sont difficultés actuelles de nos groupes communautaires ? Dans quelle mesure suis-je  consciente de la situation de nos milieux socio-économiques?
Il serait facile pour moi de critiquer, de blâmer, les autres  et  les gouvernements en citant tout ce qui ne va pas actuellement. Oui nous avons le devoir de  nous informer, de dénoncer et de condamner.  Oui nous devons lutter contre les innombrables formes de pauvreté parce qu’elles défigurent la dignité personnelle.

 Quelle dignité est-ce que je  reconnais à la personne pauvre ? Si moi je peux lui venir en aide, me suis-je déjà demandé ce qu’elle, elle peut m’apporter? Vous est-il déjà arrivé de venir au secours d’une personne que vous considériez démunie que ce soit au point de vue physique ou mental et qu’à un moment donné, ce soit elle qui vous apporte joie et consolation? La parole de Jean Vanier citée dans Prier la Parole du 3 novembre dernier conforte celle du notre pape : «Le plus pauvre a un pouvoir extraordinaire de guérir certaines blessures de nos propres cœurs»  Se pourrait-il que Jésus lui-même qui nourrit  les foules, guérit les malades, pardonne les péchés, me touche, me parle, me rejoigne par elle?

                                                                                                               
Nicole Fortier Courcy
5 novembre 2017

Mgr Adolphe Proulx – un évêque pour les pauvres

En préparation à la Première Journée mondiale des pauvres, le 19 novembre 2017,  nous présentons un texte en trois partis sur Mgr Adolphe Proulx,  le deuxième évêque du diocèse de Hull (maintenant l’Archidiocèse de Gatineau), et un homme engagé sur les questions de justice sociale.  Voici la première de trois extraits : Mgr Adolphe Proulx – un évêque pour les pauvres.

L’année 2017 marque le trentième anniversaire du décès du deuxième évêque de Hull (aujourd’hui Gatineau), Mgr Adolphe Proulx, un pasteur qui s’est fait connaître pour ses appels incessants pour la justice et la solidarité envers les plus démunis de notre société mais aussi d’ailleurs.

Dans le but de mettre en lumière le riche héritage de ce pasteur qui ne craignait pas de s’identifier aux petits et aux sans-voix, le texte qui suit tente de répondre aux deux questions suivantes: Qu’est-ce qu’une société juste et solidaire pour Mgr Proulx?  Comment actualiser son message en utilisant l’éclairage de la doctrine sociale de l’Église? Ce texte n’a pas de prétention biographique et c’est pourquoi nous laisserons de côté plusieurs informations sur le déroulement de la vie de Mgr Proulx (à l’exception de quelques points de repère, qui permettent de dégager certaines tendances) en mettant plutôt l’accent sur sa pensée sociale.

Nos sources principales sont le livre publié en 1988 par Novalis et intitulé “Une voix pour les sans-voix, Le message social de Mgr Adolphe Proulx, évêque de Gatineau-Hull” (ouvrage désigné par l’abréviation (“VSV”) dans la suite de ce texte) et le “Compendium de la doctrine sociale de l’Église” (“COM”).

Disons quelques mots sur ses origines puisque cela n’est pas sans intérêt pour comprendre son orientation pastorale ultérieure. Né en 1927 à Hanmer (aujourd’hui Val-Thérèse), dans la région de Sudbury, très vite il a été exposé à la misère des autres et aussi à la condition ouvrière. Étudiant, il s’est fait mineur pour payer ses études. Mais c’était en même temps l’apprentissage d’une solidarité sociale avec les autres mineurs, comme il l’indique lui-même dans un passage sur ses années de “formation” sociale où il apprend le sens et la pleine portée du mot solidarité (VSV, p. 14). 

Après avoir milité au sein de l’ACJC et de la Congrégation mariale, sa vocation sacerdotale se précise peu à peu. Il entre comme séminariste au St-Augustine’s Seminary de Toronto et il est ordonné prêtre à North Bay en 1954. Il assumera ensuite diverses charges pastorales comme vicaire ou curé dans le Nord de l’Ontario, avant d’accéder à l’épiscopat en 1964 en tant qu’évêque auxiliaire de Sault-Ste-Marie.

Son parcours comme évêque est bien présenté aux premières pages de VSV. Il en ressort que pendant toutes ces années, il n’a eu de cesse d’approfondir et de mettre en pratique “l’option préférentielle pour les pauvres”, témoin ses premières années dans l’épiscopat à Sault-Ste-Marie. “J’ai pu partager avec les prêtres leurs soucis pastoraux, surtout en ce qui concerne les problèmes de pauvreté et les problèmes des ouvriers en particulier. Le fait d’être évêque me donnait un peu plus d’autorité pour des questions qui n’étaient pas encore considérées pastorales, tels les droits des ouvriers et les pauvres. J’ai également eu la joie de participer à la dernière session du concile Vatican II, de septembre à décembre 1965”. (VSV, p. 18-19). 

L’avenir allait d’ailleurs démontrer que Mgr Proulx était en véritable syntonie avec le contenu de la Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps (Gaudium et spes), par exemple les passages évoqués par le Compendium que nous reproduisons ici, faisant écho au chapitre 3 sur la vie économico-sociale: “Gaudium et spes affronte de manière organique les thèmes de la culture, de la vie économique et sociale, du mariage et de la famille, de la communauté politique, de la paix et de la communauté des peuples, à la lumière de la vision anthropologique chrétienne et de la mission de l’Église” (COM, no. 96).  C’est ce que tentera aussi de développer et d'actualiser, à sa façon et en se penchant sur les réalités d’ici (mais aussi d’ailleurs), Mgr Proulx tout au long de son parcours comme pasteur de l’Église d'ici.


-->
En juin 1967, il accepte la charge pastorale d’évêque résidentiel pour le diocèse d’Alexandria, fonction qu’il assumera jusqu’à sa nomination à la tête du diocèse de Hull en 1974.