mardi 17 avril 2018

Lectures faites, lectures partagées

L'abbé Rodhain Kasuba nous partage ses impressions de quelques livres qu'il a lus récemment. Ça donne le goût de l'imiter.

-Jacques Lison, Le bon Dieu permet-il vraiment le mal ? (2018). 


Dans ce petit livre de 32 pages, Jacques Lison prend à bras le corps la question de la relation entre Dieu et le mal, et il la met à la portée de tous. Lire ce livre c’est arpenter avec l’auteur ce massif, que représente le mal, avec ses tracés sinueux, ses détours, ses contours et ses sommets. C’est au final offrir au regard une nouvelle perspective. L’auteur le fait avec rigueur, passion et érudition. Débusquant les pièges auxquels aboutissent certaines justifications de la bonté de Dieu en dépit du mal qui existe dans le monde, il interroge la parabole de Job et nous invite à devenir partenaires de Dieu dans la lutte contre les sources du mal. 


- Pape François, L’exhortation apostolique Soyez dans la joie et l’allégresse. 


Au début du ministère du pape François, un prêtre jésuite américain, le père Ryan Duns, le qualifiait de « jazzman ». Il établissait par là un lien entre le style de la musique jazz et le style pastoral de l’évêque de Rome. Il écrivait alors : « Le pape François est davantage un musicien de jazz, à même de se caler dans la rythmique profonde de la musique qui l'entoure et de jouer avec, l'adapter et la transformer. Ses mots ne colonisent pas la musique autour de lui, ne l'éclaboussent pas, mais l'envoient dans une nouvelle tonalité – celle du Christ – et nous rappelle à tous que le Christ est la véritable clé à la musique de notre vie. » Force est de constater que ce rapprochement n’est pas dénué de sens. Au fil des années, dans ses gestes, dans ses paroles et dans ses écrits, le pape François n’en finit pas de nous surprendre. Sa dernière exhortation apostolique en est un exemple. Tout comme dans La Joie de l’Évangile (2013) et dans La joie de l’amour (2016), dans la dernière exhortation apostolique Soyez dans la joie et l’allégresse (2018), le pape nous rappelle le lien très intime entre la vie chrétienne et la joie. La joie est résolument l’un des marqueurs de son ministère pastoral. L’exhortation porte en fait sur la sainteté. Une lecture sommaire de celle-ci laisse croire que le pape François nous en donne une vision volontariste. Pourtant, le saint Père réussit à mettre ensemble la grâce et la part humaine. Ce vibrant appel à la sainteté, rédigé comme un Cours 101 autour de cinq méditations, est traversé par le souffle palpable des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola. Aussi, voit-on se dévoiler en filigrane un précieux témoignage du récit de sa propre vie de foi et de sa quête intérieure. Le pape s’adresse à nous dans une familiarité très affectueuse. Sans prétendre écrire un traité sur la sainteté, il nous partage l’idée qu’il se fait de celle-ci, comme les moyens d’y arriver : ces derniers sont accessibles à tous et toutes. À peine sortie, cette exhortation croise malheureusement déjà la route des traditionnels détracteurs du pape qui, à l’instar des scribes et pharisiens, guettent à la loupe ses moindres dires et gestes. En cause cette fois-ci, le rappel insistant du pape que l’accueil des migrants n’est pas secondaire par rapport aux questions bioéthiques. En cela, oui, le pape dérange. 


-Yves Duteil, Et si la clé était ailleurs (2017). 


Qui, après avoir lu La petite musique du silence (2013), n’a pas éprouvé une sorte de ravissement intérieur? Yves Duteil nous revient avec un nouveau livre. L'auteur-compositeur-interprète français, connu surtout dans Prendre un enfant par la main, se confie comme sans doute il ne l'a jamais fait. Page après page, on chemine en compagnie de l’artiste dans sa recherche spirituelle. Ses mots murmurent sa vie, crie sa passion d’artisan de la chanson. Ils évoquent son regard sur la vie et ses mystères, disent ses sentiers de spiritualité, traduisent sa quête de sens, sans occulter ses interrogations. 


-Joseph Ratzinger, Foi et Avenir (1971). 


Refuser de lire ce livre au motif que sa date de parution est lointaine ou à cause du nom « Ratzinger », c’est passer à côté d’une pépite. J’ai failli m’y méprendre, n’eût été l’insistance d’un ami m’invitant à m’y plonger. Le regard que le théologien Ratzinger posait sur l’Église est d’une rare actualité. Avec une lucidité affinée, l’auteur aborde la question de l’avenir de l’Église dans une société et à une époque qui se trouvaient être à ce moment-là en pleine mutation culturelle et sociale. Je vous laisse apprécier la justesse de son regard sur l’Église dans ces quelques extraits : « De la crise d’aujourd’hui, écrit-il, émergera une Église qui aura perdu beaucoup. Elle deviendra petite et devra repartir plus ou moins des débuts. Elle ne sera plus en mesure d’habiter la plupart des édifices qu’elle avait construits au temps de sa prospérité. Et étant donné que le nombre de ses fidèles diminuera, elle perdra aussi une grande partie des privilèges sociaux (…). Elle resurgira par les petits groupes, les mouvements et une minorité (…). Ce sera une Église plus spirituelle, qui ne s’arrogera pas un mandat politique flirtant de-ci avec la gauche et de-là avec la droite (...). En fait, le processus de la cristallisation et de la clarification la rendra pauvre, la fera devenir une Église des petits, le processus sera long et pénible (…), mais après l’épreuve de ses divisions, d’une église intériorisée et simplifiée sortira une grande force. » Un livre à lire… (On peut le trouver à la bibliothèque de l’université d’Ottawa). 

Qu'est-ce qu'un comité de liturgie? Quelle est sa mission?

NDLR: Voici la première partie d'un texte de Rodhain Kasuba Malu, curé à la paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive, sur le comité de liturgie. Il a accepté l'invitation du Comité de liturgie diocésain de le  partager avec toutes les personnes qui s'intéressent à la liturgie. Bonne lecture!


1.    Comité ou équipe liturgique ?

Dans le mot comité (du latin comittere : commettre) l’accent porte sur le fait de «mettre ensemble» (selon le dictionnaire, un comité est un groupe restreint de personnes à qui est confié la charge d’une mission, d’une question particulière). Alors que le mot  comité met l’accent sur la collaboration, l’équipe (étymologie, du vieux français= attachement en vue d’un but) souligne davantage la visée ou le but commun, la réalisation collective (selon le dictionnaire, une équipe est un groupe de personne ayant le même but ou devant accomplir ensemble un travail).Comité ou équipe de liturgie, selon l’accent porte sur une collaboration ou sur la réalisation commune, revient à signifier le groupe de baptisés travaillant à une même tâche ou unissant leurs efforts dans le même dessein : veiller à la préparation et à la réalisation des célébrations liturgiques dans la communauté chrétienne.  Un comité de liturgie peut également avoir comme mission de donner des orientations liturgiques utiles à la vie d’une communauté (une paroisse, un diocèse, une région, un pays, etc.)

 
2.     Sa nature

            La nature d’un comité de liturgie varie selon la situation des communautés (diocèse, paroisse ou succursale…) et souvent selon les ressources humaines disponibles. Dans une communauté disposant de ressources humaines suffisantes et variées, l’équipe ou le comité de liturgie sera constitué des personnes venant de différents secteurs liturgiques et pastoraux de la communauté (animateurs,  animatrices, lecteurs, lectrices, musiciens,       musiciennes, responsable des chants, agents et agentes de pastorales, théologiens, biblistes, liturgistes,…) et se réunira de façon régulière, tandis que dans des communautés n’ayant pas de ressources humaines suffisantes, le comité regroupera essentiellement quelques personnes de bonne volonté, essentiellement des agents de liturgie, qui se rencontrent de manière régulière ou au gré des besoins. La nature d’un comité liturgique varie donc selon les conditions et les situations des communautés.  Peu importe la nature d’un comité, ce qui importe c’est l’esprit dans lequel les membres travaillent, le désir de collaborer pour la mission, le souci de rendre les célébrations vivantes et participatives, la capacité d’être à l’écoute de la communauté.

 
3.    Pourquoi un comité de liturgie ?

L’importance d’un comité de liturgie tient à la place même de la liturgie dans la vie de l’Église. Selon le concile Vatican II, la liturgie chrétienne, particulièrement la liturgie eucharistique, est le lieu de la réalisation de l’œuvre du salut continuée par l’Église : «Le Christ est toujours là auprès de son Église, surtout dans les actions liturgiques. Il est là présent dans la célébration eucharistique» (SC 7), Il n’est donc pas étonnant de constater que dans un bon nombre de communautés (paroissiales ou diocésaines), le comité de liturgie est né avant le formation du comité de pastorale. Même souvent il y a des paroisses qui n’ont pas de comité de pastorale, alors qu’elles ont un comité de liturgie.

 
4.    Sa mission

Le comité de liturgie travaille, en lien avec l’équipe pastorale, à la préparation et à la réalisation des célébrations liturgiques dans la communauté chrétienne. Ils s’occupent plus particulièrement de la célébration liturgique dominicale (l’eucharistie ou, dans certains, cas la liturgie de la parole). S’il est vrai que dans certaines communautés, le comité de liturgie consacre plus de temps et de soin à la préparation et à la célébration des temps forts liturgiques de l’année (Avent et Noël, Carême et Pâques), il n’en demeure pas moins que sa mission couvre la célébration du mystère chrétien conformément au calendrier liturgique annuel. Selon le degré d’implication, les membres d’un comité de liturgie peuvent aussi préparer les célébrations liturgiques sacramentelles. La mission d’un comité de liturgie peut consister également à fournir des orientations sur la vie liturgique de la communauté : préparation et organisation des célébrations, organisations des services, méditation de la Parole, regard sur les différentes parties de la célébration, proposition visuelle, du geste, du chant selon les besoins ; voir aux aménagements liturgiques utiles, etc.

 
5.    L’importance de la formation

Dans beaucoup de cas, les membres des comités de  liturgie sont des personnes de bonne volonté qui n’ont pas de  préparation spéciale et qui apprennent sur le tas, en comptant sur l’effort technique ou les connaissances  du pasteur. Toutefois, le dynamisme d’un comité grandit avec la formation et le ressourcement des membres. Étant donné que la liturgie entretient une parenté avec l’art, il est important que les membres du comité de liturgie soient régulièrement initiés par des formations adéquates à l’art de célébrer. Le concile Vatican II insiste sur la nécessité de la formation permanente des acteurs de la liturgie. La formation et le ressourcement gagneront à ne pas se limiter à la seule initiation liturgique.  Dans le contexte actuel où de plus en plus des baptisés prennent une part active dans la vie de l’Église, la formation liturgique pourra également initier les membres du comité  à une formation élémentaire de théologie, à la Parole, à la pastorale, à la catéchèse, etc., car la liturgie est le lieu de la rencontre des toutes ces disciplines…
                                                                                               Rodhain Kasuba Malu
À suivre...
 
 
 


 

 

jeudi 5 avril 2018

La grâce de la foi est Divine Miséricorde

            Depuis plusieurs années, le 2e dimanche de Pâques est aussi celui de la Divine Miséricorde. Pour me préparer à écrire, je lis les textes bibliques et les différents commentaires proposés. Quelques fois, c’est un des textes du dimanche qui fait monter en moi une réflexion. D’autres fois c’est une phrase lue au hasard de mes recherches qui vient stimuler ma pensée. C’est le cas pour ce dimanche. La petite phrase vient du P. Emmanuel Schwab de la paroisse Saint-Léon à Paris : la grâce de la foi est Divine Miséricorde.

            Une toute petite phrase, qui pour moi, vient transformer encore une fois le regard que je pose sur Thomas dans l’Évangile de ce dimanche. Il est utile pour nous qu’il se soit montré sceptique. Cela nous permet de réfléchir encore une fois sur le mystère de la foi et sur la grandeur de cette foi au cœur des croyants. On ne peut mesurer la foi comme nous mesurons les performances olympiques. Ce n’est pas une question de dépassement physique ou personnel. La foi est une grâce, un cadeau.

            La parole de Dieu est vivante, changeante. Elle nourrit notre foi. Elle vient nous dire des choses différentes chaque fois que nous la fréquentons. L’Esprit continue à agir à travers elle pour qu’elle continue à être Parole de vie pour nous aujourd’hui. Ce que nous voyons dans l’Évangile d’aujourd’hui, c’est la Miséricorde de Dieu à l’œuvre en Jésus ressuscité face à Thomas. Qu’importe les doutes, les hésitations, c’est d’abord la Miséricorde de Divine, incarnée dans le Christ qui nous donne la grâce de croire. C’est elle qui nous accueille quand reconnaissons la présence de Dieu dans nos vies et dans celles des autres autour de nous.

            Thomas avait besoin de voir les plaies de Jésus, de les toucher. Mais, quand il le voit, ses doutes s’envolent et il croit. La grâce de la foi lui est donnée. Il ne faut pas penser que la foi est un acte volontaire. On ne décide pas de croire et ça y est. La foi, ce sont tous les signes que Dieu met sur nos chemins et qui travaillent notre âme durant toute notre vie. La foi est l’œuvre de la miséricorde de Dieu pour les humains. C’est l’amour qui nous amène à la foi et non le contraire. Et cet amour agit à travers la Divine Miséricorde.

            Tous les chemins sont bons pour arriver à la foi. L’important quand cette étincelle de foi s’allume, c’est d’en prendre soin, de reconnaître Jésus Christ comme notre sauveur et de continuer à prier le Ressuscité, incarnation de cette Miséricorde Divine toujours en action dans notre monde et dans nos cœurs.

                                                Ouvrons nos cœurs à la Divine Miséricorde,

                                                                                                Suzie Arsenault

mercredi 7 mars 2018

Face à la croix, face à l'amour


 
            J’aime bien ce thème offert par la revue Vie liturgique pour le 4e dimanche du Carême : Face à la croix, face à l’amour. Nous oublions parfois que la croix et l’amour sont intimement liés dans l’histoire du salut de l’humanité. Le salut nous a été donné parce que Jésus a librement accepté de passer par la croix. Et pourquoi il a accepté? Il aimait Dieu d’un amour plus grand que tout. 

            Il y a des personnes qui disent qu’il est vain de se pencher sur la croix puisque nous sommes sauvés. Pourquoi parler de la souffrance quand le Christ est ressuscité? Il y en a d’autres qui se complaisent à rester dans le dolorisme, ne voyant notre passage sur terre, que comme un long purgatoire avant la vie éternelle. Pourtant, notre foi se nourrit de la croix et de la résurrection. C’est bien simple, pour que le Christ ressuscite, il a fallu qu’il accepte de passer par un chemin de souffrance. Et si nous voulons effacer cette souffrance, nous enlevons toute la puissance d’amour que sa résurrection a fait jaillir dans notre monde.

            Nous avons tous vécu des épreuves dans notre vie qui nous ont fait grandir, qui nous ont révélé une force intérieure que nous n’aurions jamais devinée. Nous changeons à travers les peines et les joies au fil de notre vie. Nous pouvons reconnaître que grâce à ce chemin, que nous n’avons pas choisi, une vie nouvelle s’est ouverte devant nous. Cette reconnaissance du chemin avec tout ce qui s’y est vécu nous permet de grandir comme être humain et comme fils et filles de Dieu.

            S’il en est ainsi de notre histoire, comment pourrait-il en être autrement de cette grande histoire de Dieu avec son peuple? La croix et l’amour ne peuvent s’envisager l’une sans l’autre. Ce serait nier l’amour profond qui unit le Père et le Fils. Ce serait nier que pour répondre à l’amour de son Père, Jésus s’est offert consciemment et amoureusement dans un abîme de souffrance pour que nous ayons la vie, la vie en Dieu.

            Dans l’ombre de nos propres croix, Dieu est là pour nous rappeler que nous sommes aimés d’un amour sans bornes. Il est là pour nous relever quand l’ombre s’éclaircit, il est la lumière qui transforme radicalement la vie de ses enfants.

Ne perdons pas de vue la croix. Grâce à elle, le soleil du ressuscité illumine notre vie.

                                                                        Suzie Arsenault

mercredi 14 février 2018

Comment envisager le carême?


Bien chers amis et amies,

Par lequel commencer... Bon carême ou bonne St Valentin?

Je te souhaite les deux et tu choisiras dans l'ordre ce que tu préfères  ... chacun exprimant l'amour qui enveloppe nos vies. Même si la St Valentin ne correspond à aucune fête religieuse, elle fait partie de notre paysage culturel. Comme le carême, elle peut nous amener à Pâques.

Vous l'avez sans doute remarqué... Durant le carême, tout se passe comme si on était appelé d’une manière spéciale à multiplier les exercices de piété, à intensifier la prière et à devenir plus charitable. L’évangile d’aujourd’hui nous met cependant en garde : le carême est tout sauf un spectacle... pour obtenir la gloire humaine. Il n’est pas d’abord un temps d’exercices pieux à faire d’un air contrit. C’est le temps de Dieu, le temps de la vie véritable, de sa présence en nous ; le temps de l’amour ; le temps du renouvellement et de l’approfondissement de notre relation à Dieu, aux autres, à nous-mêmes. On a quarante jours pour s’en souvenir et s’en convaincre à nouveau ! Et au bout, il y a Pâques.


C’est un temps qui nous prépare au temps fort de Pâques. C’est important les moments forts dans nos vies ; ils nous retournent, nous convoquent à la vie. Par exemple, la naissance d’un bébé, ça se passe dans bien des cas en quelques heures. Pourtant il faut plusieurs mois de préparation et d’attente. Ça prend moins d’une minute pour que les amoureux échangent leurs consentements. Pourtant, il faut des mois, voire des années pour se préparer. Ainsi la traversée de la mer rouge s’est faite en une nuit. Mais il y a eu un long temps de préparation et quarante ans de désert après. Il a fallu trois ans pour la vie publique de Jésus, mais avant il y a eu trente ans dans le quotidien de Nazareth. Le passage de la nuit du tombeau à la clarté du matin de Pâques s’est fait en quelques jours. Il y a eu pourtant trois ans d’intense activité de la part de Jésus.

Notre vie chrétienne, c’est aussi cela : un moment fort (un jour, une nuit), et ça irrigue toute une vie souvent banale et quotidienne de quarante jours ou quarante ans ou plus. Le temps du carême est de cette saveur-là : la saveur du quotidien et du banal. Il est orienté vers le temps fort de Pâques. 

Carême nous rappelle l’unique commandement, celui de l’amour de Dieu, du prochain et de soi. Il n’est donc pas d’abord un programme d’exception. L’aumône, cela concerne ma relation quotidienne à l’autre, au prochain. La prière, il en va de ma relation à Dieu. Le jeûne, c’est ma relation avec moi-même. Et tout cela est une affaire de tous les jours. Chaque jour pour vivre comme des justes, c’est-à-dire nous laisser ajuster par le Seigneur. Avec un tel programme, comment carême peut-il être un temps de tristesse? C’est un temps pour savourer pleinement la Vie qui se déploiera à Pâques.

Joyeux carême et bonne St-valentin. Je vous aime.

Paix et tout bien

Rodhain Kasuba, prêtre

mercredi 7 février 2018

Saisi de compassion


La Journée Mondiale des Malades a été instituée par le pape Jean-Paul II en 1992. Depuis 25 elle est célébrée chaque année le 11 février. Cette journée nous rappelle que les personnes malades doivent être soutenues, encouragées, visitées. La maladie peut souvent isoler les personnes, ou par peur de déranger ou de devenir un poids pour les autres, elles s’isolent elles-mêmes. Alors que justement, c’est le moment où elles ont le plus besoin d’être accompagnées.

Jésus a guéri plusieurs personnes qui ont osé s’avancer vers lui, malgré leur maladie. Ce qu’ils entendaient dire de lui, leur donnait le courage de s’approcher dans l’espoir que la souffrance soit plus supportable. Et toujours, il était saisi de compassion. Ils étaient délivrés de leurs souffrances.

La maladie est toujours présente aujourd’hui. Elle se multiplie même. Et l’isolement est encore le lot de nombreux malades. Nous avons des vies très occupées, trop occupées souvent pour simplement prendre le temps. Le temps de s’approcher de la personne malade et de l’écouter, de la réconforter, d’offrir une présence aimante et compatissante.  

Pour la personne malade, le temps peut s’étirer à essayer de passer à travers la douleur. Qu’elle soit physique ou psychologique. Alors, comment faire pour que notre temps puisse s’accorder au leur, pour que la rencontre soit un lieu d’échange où pourront surgir une espérance et une action de grâce? Comment être capable d’accueillir tout ce que suscite la maladie chez l’autre, autant dans le beau que dans le mauvais? Comment continuer à marcher avec une personne malade, malgré les comportements qui nous dérangent? Moi, je me le demande encore.

Prenons pour exemple Jésus qui fut saisi de compassion pour le lépreux qui l’a supplié à genoux. Il l’a relevé et l’a guéri. Nous ne pouvons pas guérir, mais nous pouvons être ce visage de compassion et d’amour pour ceux et celles qui en ont tant besoin.

Ce que je crois, c’est qu’il faut être empathique et attentif aux bouleversements que vivent les personnes malades. Être capables de lire dans leurs paroles et leurs actions, la douleur qui les habite. Et surtout, prier pour eux. La force de la prière est la seule que nous ayons en abondance. Prions pour les personnes malades et prions pour que Dieu nous donne la force de les accompagner dans les bons moments, comme dans les plus difficiles.                 
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   Suzie Arsenault    

mardi 16 janvier 2018

Collectif outaouais de dialogue islamo-chrétien

Texte écrit par Michel Lacroix, ptre


On me demande d’écrire un article au sujet de mon implication avec la communauté musulmane; je le fais avec plaisir. Il faut remonter à 1983, alors que je travaillais à Développement et Paix. L’organisation nous offrait alors la possibilité de prendre une année sabbatique après 10 ans de loyaux services. De plus, on offrait la possibilité de recevoir une petite bourse si, durant cette année sabbatique, on faisait une recherche ou un travail utile à l’organisation. J’ai donc présenté un projet de voyage de 9 mois et demi dans le monde arabe pour m’apprivoiser à cette réalité peu connue à cette époque et voir si on pouvait trouver des partenaires futurs. Ce voyage m’a conduit en Algérie, en Tunisie, en Libye, en Égypte, au Soudan, au Yémen du Nord, à Chypre, au Yémen du Sud (à cette époque, le Yémen actuel était divisé en deux pays), à Bahreïn, au Qatar, au Koweït, en Jordanie, en Syrie, en Palestine-Israël. J’ai vécu, durant ce voyage à travers le monde arabe, une des plus belles expériences de ma vie, tant parmi les chrétiens de diverses églises que parmi les musulmans. Je suis revenu au pays convaincu qu’une paix juste et durable passait par une relation harmonieuse et amicale entre l’islam et le christianisme et que ça pourrait se faire chez nous.

 Le 11 septembre 2001, les tours du World Trade Center de New York s’effondrent grâce au travail d’extrémistes moyen-orientaux. Le monde est en émoi, incluant la petite communauté musulmane de Hull qui se réunit dans une maison anonyme sur le boulevard Saint-Joseph, dans le secteur Saint-Jean-Bosco. La communauté de base, dont je fais partie décide alors de lui tendre la main pour briser l’isolement dans lequel elle se retrouve. Quelques-uns d’entre nous sont nommés pour apporter une lettre aux musulmans. Je me souviens encore de l’inquiétude dans les yeux des personnes qui nous ont reçus à la porte de la maison de rencontre ce vendredi-là et du sourire de soulagement quand ils ont lu notre lettre leur offrant notre amitié et notre solidarité. Cette année-là, toute notre communauté de base fut invitée à la fête qui marque la fin du ramadan. Nous nous sommes rencontrés sporadiquement par la suite.

Lorsque l’imam actuel de la mosquée de Gatineau, Ahmed Limame, fut nommé, nous nous sommes rencontrés dans le but d’organiser un rapprochement entre la mosquée sunnite de Gatineau et l’église Catholique de Gatineau. Mgr Roger Ébacher fut alors invité à une fête du bris du jeûne lors du ramadan et y participa. Les contacts entre les deux communautés devenaient alors officiels.

Un comité s’est formé dans chacune des deux communautés en vue d’entamer un dialogue pour mieux nous connaître. Dès les premières rencontres, on a senti que, de chaque côté, nous avions du chemin à faire pour briser notre ignorance et nos préjugés.

Après plusieurs rencontres, nous avons décidé de passer à une nouvelle étape, celle d’organiser des soirées sur des thèmes précis, dans lesquelles on présentait le point de vue musulman et chrétien; par exemple, il y eut une soirée sur la Vierge Marie, une autre sur engagement social, sur le rôle de la femme dans chacune de nos traditions et sur le pèlerinage. Nous avons continué à être invités à une fête du bris du jeûne où Mgr Durocher et moi avons chacun eu l’occasion de nous adresser à la grande communauté réunie.

Une troisième étape fut celle d’organiser un autre événement festif où chrétiens et musulmans pourraient se retrouver: ce fut une rencontre à une cabane à sucre qui fut une activité bien courue.

 
Nous avons aussi organisé une soirée de prière pour le peuple syrien. Du côté musulman, une prière spéciale a eu lieu et, du côté catholique, une messe de rite syriaque catholique fut célébrée à la cathédrale Saint-Joseph par le Père Fadi, réfugié syrien, et l’homélie fut livrée par Mgr Durocher. Les deux célébrations avaient lieu à la même heure ; trois musulmans assistaient à la messe catholique et trois catholiques assistaient à la prière musulmane en guise de solidarité.


Marche de solidarité organisée par le collectif le 29 janvier 2017
(photo de la Revue, reprise avec autorisation)
Lors de la tuerie à la mosquée de Québec, en quelques heures, le comité, devenu le Collectif outaouais de dialogue islamo-chrétien, organisait une marche de solidarité qui partait de la cathédrale jusqu’à la mosquée, éloignée de quelques rues seulement. Plusieurs personnes, dont le maire et les conseillers municipaux, des députés provinciaux et fédéraux se sont mêlés aux fidèles des deux confessions et à des gens se disant sans confession religieuse, mais voulant démontrer leur solidarité.


 
Enfin la dernière initiative, et la plus exigeante: au fil du temps, après avoir échangé sur nos religions respectives, après avoir organisé des conférences ensemble, nous avons créé un réel sentiment de solidarité dans un projet de parrainage de deux familles syriennes, l’une catholique, l’autre musulmane. Cette activité nous a demandé de nous surpasser en énergie, en soutien et en financement. Nous sommes heureux de voir les deux familles établies ici aujourd’hui et notre tâche d’appui n’est pas terminée. Nous planifions de produire une vidéo montrant certains points communs de nos deux traditions, sans masquer les différences. Nous organisons bientôt une fête où les deux familles parrainées pourront se rencontrer.

La prière, une grande ouverture d’esprit, de la patience, de l’amitié, de la confiance en l’autre sont, je crois, les ingrédients de notre recette de succès.