Mgr Ébacher XXXIV - Léon XIV, les séminaristes et l’IA

Les nombreux enseignements et exhortations du pape Léon XIV au sujet de la formation des jeunes en relation avec l’IA (document XXX) pourraient s’appliquer aux séminaristes. Mais je me limite aux documents destinés à ces derniers.

Lors du jubilé des séminaristes, le 24 juin 2025[1], le pape affirme : « Dans le travail rigoureux des études théologiques, sachez aussi écouter avec un esprit et un cœur ouverts les voix de la culture, comme les défis récents de l’intelligence artificielle et celles des médias sociaux. » Le pape appelle les séminaristes à cultiver une rigueur intellectuelle, à développer une écoute culturelle, à comprendre les enjeux anthropologiques du numérique, à discerner les opportunités et les risques de l’IA, en somme à devenir des prêtres capables de dialoguer avec le monde réel d’aujourd’hui et celui qui va se développer sous la poussée du numérique et de l’IA. C’est une formation théologique ouverte, incarnée, missionnaire, qui ne fuit pas les défis contemporains, mais les éclaire.

Le 17 septembre 2025[2], Léon XIV adresse une lettre au Grand Séminaire archidiocésain « San Carlos y San Marcelo » de Trujillo, qu’il connait bien pour y avoir œuvré. Le pape affirme d’emblée aux séminaristes que leur première tâche consiste à « être avec le Seigneur, Le laisser les former, Le connaître et L’aimer, afin qu’ils puissent lui ressembler. » Il rappelle les diverses façons, en somme classiques, de vivre cette tâche. Et vers la fin de son message, il ajoute : « Vous, candidats au sacerdoce, êtes appelés à fuir la médiocrité, au milieu de dangers bien réels : la mondanité qui brouille la vision surnaturelle de la réalité, l’activisme qui fatigue, la distraction numérique qui prive l’intérieur de soi. »

Léon XIV parle souvent de cette « distraction numérique ». Il évoque ainsi une présence quasi constante devant des écrans, l’usage incessant de smartphones, d’ordinateurs, de tablettes, aussi d’autres objets connectés, comme des assistants vocaux, et bien sûr, l’intelligence artificielle. Le pape affirme que la distraction numérique peut vider l’être humain de son intériorité, en l’empêchant de se recueillir, de réfléchir et de nourrir sa vie spirituelle. Une saturation numérique fragilise l’intériorité, empêche d’entrer en contact avec soi-même et peut même conduire à une forme de dépendance qui conditionne l’existence quotidienne. Concernant des séminaristes, le numérique risque de diminuer le silence, l’attention, la présence à soi, aux autres et à Dieu.

Le 18 novembre 2025, le pape rencontrait officiellement les séminaristes de son diocèse, les formateurs et les responsables de séminaires[3]. Au cours de la conversation, il a traité, entre bien d’autres aspects, des relations des séminaristes avec l’IA. On peut en tirer ce qui suit.

L’intelligence artificielle est un outil, jamais un guide spirituel. Le pape insiste sur un point fondamental : « L’intelligence artificielle peut aider, mais elle ne peut pas discerner à votre place. » Il met en garde contre la délégation du discernement à des outils numériques; la tentation de remplacer l’accompagnement humain par des systèmes automatisés; la perte de profondeur intérieure dans un monde saturé de données. Il rappelle que la vocation se joue dans la liberté, la relation, la prière, la présence humaine.

Au sujet de la formation, le pape demande que les séminaires enseignent une éthique de l’IA, forment à la prudence numérique, développent une maturité affective et relationnelle qui ne dépend pas des écrans. Il souligne que l’IA peut aider à organiser le travail, soutenir l’étude, faciliter l’accès aux sources, mais ne doit jamais devenir un substitut à la vie intérieure.

Au sujet du danger de la « formation automatisée », Léon XIV critique explicitement les homélies générées automatiquement, les outils de prédication préfabriqués, les contenus spirituels produits par des algorithmes. « La Parole de Dieu ne peut pas être automatisée. Elle passe par un cœur vivant. »

Au sujet de l’importance de la présence humaine dans la pastorale, Léon XIV insiste sur l’écoute, la proximité, la compassion, la capacité à accompagner les personnes dans leurs fragilités. L’IA peut aider à gérer des tâches, mais jamais à aimer.

Au sujet du discernement vocationnel à l’ère numérique, le pape encourage les séminaristes à cultiver le silence, développer une vie intérieure, se libérer de la dépendance aux écrans, apprendre à discerner les influences numériques.  Il parle de la vocation comme d’un appel personnel, qui ne peut être évalué par des « profils psychologiques automatisés » ou des « indicateurs numériques ».

Et je considère qu’il faut ajouter à la formation des séminaristes une étude en profondeur de l’encyclique Magnifica Humanitas. Le pape affirme dans sa présentation de l’encyclique : « Nous nous trouvons face à une transformation d’une ampleur similaire à celle de la révolution industrielle, avec peut‑être des conséquences encore plus grandes. » Le futur prêtre doit discerner les « signes des temps ».

L’encyclique affirme : « Le développement de l’intelligence artificielle affecte des dimensions essentielles de la personne humaine, telles que la pensée critique, le discernement, l’apprentissage et les relations interpersonnelles. » Ces quatre dimensions sont précisément celles que la formation sacerdotale doit protéger et développer.

« L’intelligence artificielle ouvre de nouveaux horizons de créativité, mais elle soulève aussi de graves préoccupations quant à ses répercussions possibles sur l’ouverture de l’humanité à la vérité et à la beauté, et sur sa capacité d’émerveillement et de contemplation. » La contemplation, l’émerveillement et la recherche de la vérité sont au cœur de la vie spirituelle et du discernement vocationnel.

« Nous devons réfléchir avec une attention particulière à la liberté et à la vie intérieure de nos enfants et de nos jeunes, et à l’impact possible de la technologie sur leur développement intellectuel et neurologique. » Les séminaristes appartiennent à cette génération dont Léon XIV décrit la fragilisation intérieure par les technologies numériques.

« La capacité d’accéder à d’immenses quantités de données ne doit pas être confondue avec la capacité d’en tirer sens et valeur. » La formation sacerdotale vise précisément à développer la capacité de discerner le sens, et non d’accumuler des données.

« L’intelligence artificielle touche déjà de nombreux domaines de notre vie et influence des décisions qui façonnent la coexistence humaine. Elle change aussi de manière dramatique la manière dont la guerre est menée. » Le futur prêtre doit comprendre les transformations anthropologiques et sociales qui affecteront son ministère.

Cette encyclique, bien assumée, pourra guider les futurs prêtres dans leur discernement des phénomènes nouveaux de leur temps, à la lumière de l’Évangile et de la Doctrine sociale mise à jour par Léon XIV dans ce document majeur.

† Roger Ébacher

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