Mgr Ébacher XLIII - Je prie à en désespérer, mais pas de réponse !

Saint Paul a expérimenté une telle situation désespérante! Et il l’interprète ainsi : « L’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. » (Rm 8, 26) 

Mais pourquoi faut-il cette intercession de l’Esprit en notre faveur? Saint Augustin a approfondi cette question dans une lettre à Paula, une riche veuve. Je me contente d’en copier quelques extraites, jugeant que ces paroles du saint évêque africain sont lumineuses et libératrices. Il faut les lire et les relire, les méditer pour qu’elles soient dans nos vies sources d’ « espérance contre toute espérance ».

« Peut-être allez-vous chercher pourquoi l'Apôtre a dit : Nous ne savons pas ce que nous devons demander pour prier comme il faut ? En effet, nous ne pouvons aucunement croire que lui-même ou ceux à qui il parlait ainsi ne connaissaient pas la prière du Seigneur. ~

L'Apôtre a montré qu'il ignorait, lui aussi, à quoi servent nos épreuves, car peut-être ne savait-il pas ce qu'il devait demander pour prier comme il faut, lorsque lui fut infligée une écharde dans sa chair, un envoyé de Satan pour le gifler, afin de lui éviter tout orgueil dans ses révélations exceptionnelles. À cause de cela, il a demandé trois fois au Seigneur d'écarter de lui cette épreuve : il ignorait évidemment ce qu'il fallait demander pour prier comme il faut. Finalement, il entendit la réponse de Dieu expliquant pourquoi la prière d'un tel homme n'obtenait pas de résultat, et pourquoi le résultat n'en aurait pas été avantageux : Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse.

C'est donc dans ces épreuves qui peuvent nous être soit utiles soit nuisibles que nous ne savons pas ce que nous devons demander pour prier comme il faut. Cependant, parce qu'elles sont dures, pénibles, contraires au sentiment naturel de notre faiblesse, par un mouvement de volonté qui est commun à tous les hommes, nous prions pour qu'elles soient écartées. Mais si Dieu ne le fait pas, nous devons lui être assez attachés pour comprendre qu'il ne nous délaisse pas ; bien plus, nous devons espérer recevoir des biens plus grands pour cette religieuse acceptation de nos maux. Car c'est ainsi que la puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. ~ De telles paroles ont été écrites pour qu'on ne tire pas vanité de ce qu'on a été exaucé : peut-être avait-on demandé avec impatience quelque chose qu'il aurait mieux valu ne pas obtenir ? Et il ne faut pas non plus se décourager et désespérer de la pitié divine, si l'on n'est pas exaucé : car peut-être demandait-on quelque chose dont la possession apporterait une épreuve encore plus cruelle, ou bien qui amènerait, avec la prospérité, la corruption et la ruine définitive ? Dans de tels cas, nous ne savons donc pas ce qu'il faut demander pour prier comme il faut.

Par conséquent, si ce qui arrive contredit notre prière, en le supportant patiemment et en rendant grâce pour tout, nous ne devons aucunement douter que ce qui était conforme à la volonté de Dieu, et non à la nôtre, devait s'accomplir bien davantage. Le Médiateur nous a donné l'exemple sur ce point. Il avait dit : Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Mais, en sublimant la volonté humaine qu'il tenait de son incarnation, il ajouta aussitôt : cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. Il est donc juste que tous deviennent justes parce qu'un seul a obéi. »[1]

Et prenons de temps de méditer encore : « J’estime, en effet, qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous. » (v. 18)

Prions avec l’Église :

Dieu éternel et tout-puissant, 

augmente en nous la foi, l’espérance et la charité ; 

et pour que nous puissions obtenir ce que tu promets, 

fais-nous aimer ce que tu commandes.

Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur, 

qui vit et règne avec toi dans l’unité du Saint-Esprit, 

Dieu, pour les siècles des siècles. Amen !

Prière d’ouverture, 30e dimanche année C

 

† Roger Ébacher



[1] Lettre de saint Augustin à Proba, dans La liturgie des heures, IV pp. 210-112. 

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